Pascal PERRI : « Le football français est en crise… »

S’il lui arrive de diviser, il n’en reste pas moins l’un des économistes français les plus écoutés. Passé par le journalisme, Pascal Perri est aujourd’hui un chef d’entreprise reconnu, dont l’expertise est régulièrement mise à contribution. Auteur de nombreux ouvrages mais également de rapports pour le gouvernement, la Grande Gueule de RMC est également un grand spécialiste de l’économie du sport. Adoré par certains et décrié par d’autres, l’auteur de « Ne tirez pas sur le foot » a accepté de répondre à nos questions. Entretien avec une « GG » qui ne laisse pas indifférent…

 

Pascal Perri, pour de nombreux observateurs, notre football français est en crise. Qu’en est-il réellement ?

Oui, le football français est en crise. Il s’agit d’une crise liée à son manque de compétitivité. Les cotisations sociales, la fiscalité française pèsent sur son efficacité mais on ne peut pas non plus tout mettre sur le dos de l’environnement économique. Dans de nombreux cas, les clubs sont mal gérés. L’explosion des droits TV a été intégralement absorbée par l’augmentation des salaires de joueurs et des agents. Les entreprises n’ont rien gardé pour elles. De nombreux dirigeants ont été incapables de maitriser la masse salariale. Ils ont pris des risques inconsidérés. Ceux qui sont en même temps chefs d’entreprises n’auraient jamais fait les mêmes choix dans leurs propres affaires. L’absence de compétitivité économique se traduit par une perte d’efficacité sportive. Et à quelques exceptions près comme Paris et Lyon, je vois mal comment le football français peut sortir de cette spirale. Il reste à espérer l’arrivée d’investisseurs internationaux, le football français est encore l’un des seuls en Europe où on peut faire de bonnes affaires.

Avec les droits TV toujours plus élevés chez nos voisins européens, la France est-elle condamnée à être dans le deuxième niveau européen ?

Il faut distinguer Paris, Lyon, potentiellement Marseille et Monaco qui ont toujours un horizon européen. Les autres clubs vivent déjà en D2 européenne. Ils sont incapables de rivaliser avec des clubs moyens anglais, espagnols ou allemands. Saint-Etienne s’est même pris les pieds dans le tapis contre Bâle. C’est d’autant plus déplorable que nous avons de très bons joueurs en France, mais dans une situation de compétition avec les autres championnats, ils vont là où les propositions sont les plus valorisées et on ne peut pas le leur reprocher.

Aujourd’hui, un club moyen de Ligue 1 est-il contraint de se tourner vers la formation pour continuer à exister au haut niveau ?

Oui, c’est le dernier levier. Jouer le rôle du club éleveur pour produire des champions, tenter de les garder le plus longtemps possible et les céder. Mais il y a une certaine noblesse à former de grands joueurs. Notre valeur ajoutée, c’est l’ingénierie en matière de formation.

Prenons l’exemple de Toulouse, qui se dirige tout droit vers la Ligue 2 après des années en Ligue 1. Quelles peuvent être les conséquences d’une relégation pour un club de ce genre ?

Toulouse n’a jamais été une place forte du football en France. C’est un club de Ligue 2 égaré en Ligue 1. Le faible niveau de la compétition a permis à une équipe moyenne de se maintenir mais on voit que l’histoire finit toujours par vous rattraper. Si Toulouse devait être relégué, le club devrait se séparer de ses bons joueurs et devrait apprendre à vivre avec des droits TV réduits. Regardez le budget des clubs de Ligue 2. L’essentiel de leurs revenus sont produits par les droits TV mais l’écart entre Ligue 1 et Ligue 2 est considérable. La relégation est souvent fatale. Dans certains cas, c’est le début d’une lente descente aux enfers. Et quand je dis lente, je suis aimable. Prenez Le Mans, Grenoble, Sedan, Châteauroux, Istres et d’autres, la liste est longue de ces clubs qui ont sombré corps et âme dans les championnats amateurs et qui laissent les ardoises financières à la collectivité.

Les joueurs professionnels sont souvent critiqués pour leur attitude et leur comportement. Pensez-vous que leurs salaires contribuent à cette mauvaise image ?

Ces comportements sont multifactoriels. Le football est un outil de promotion pour des jeunes qui n’ont pas suivi un cursus classique. Ils ne sont pas préparés à gérer leurs nouvelles fortunes. L’écosystème est peuplé de gens parfois peu scrupuleux. Certains agents, les entourages, les familles jouent un rôle négatif dans certains cas. Mais je ne veux pas laisser dire que les comportements déviants sont majoritaires. Je connais beaucoup de footballeurs professionnels qui poursuivent des études ou des formations, des joueurs dont le comportement est exemplaire. On se laisse un peu trop abuser par les mauvais exemples. Il y en a dans tous les milieux mais les footballeurs sont une cible facile. Ils s’expriment peu ou mal, ils sont riches, ce qui est un « délit social » en France et les élites les considèrent avec condescendance. Il ne faut pas participer à ce mouvement de bashing.

Un mot également sur le football amateur. Les instances mettent-elles les moyens pour permettre le développement des petits clubs ? 

La Fédération devrait fournir un kit marketing-pricing aux clubs de National, de CFA et de CFA2 pour augmenter leurs revenus. Il existe aujourd’hui des techniques accessibles et des outils disponibles pour améliorer le contact avec les consommateurs. Dans tous les métiers de service, ces nouvelles ressources ont été déployées. Elles devraient être mises à profit dans le football. A ce sujet, une réforme complète du championnat National s’impose. Ce championnat devrait être une antichambre du professionnalisme. Or, il a les charges du professionnalisme sans les moyens. Je suis frappé de voir les D3 anglaises et allemandes. Ce sont des divisons valorisées. Elles poussent vers le haut. La notre est perçue comme une sous D2 et traitée comme telle…

Beaucoup de clubs se sont retrouvés en quelques semaines rétrogradés par la DNCG (Luzenac, Uzès Pont du Gard, Grenoble…). De nos jours, avec une politique sportive bien réfléchie et de l’argent, un investisseur peut-il faire monter un club de CFA, voire plus bas, en Ligue 1 ?

Oui et si j’avais de l’argent, j’investirai dans un club correspondant à ce profil. J’ai repéré deux ou trois clubs historiques français dans des zones de chalandise significatives, qui sont des marques respectables du football et je prendrais le risque…

Vous êtes un spécialiste, selon vous, le PSG va-t-il se qualifier pour les quarts de finale de la Champions League ? Si oui, pensez-vous que Aurier puisse retrouver sa place après sa réintégration ? 

Je n’ai pas de compétences techniques. Je me contente d’observer et de commenter l’économie de ce secteur. Je formule aussi des propositions pour améliorer notre modèle. Paris est un grand d’Europe. Son budget, son public, sa trajectoire sportive, l’ambition de ses actionnaires le poussent vers le haut. Avec toutes les réserves que j’ai formulé sur mes compétences sportives, je crois que Paris est plus fort que Chelsea. Mais le football est une activité fondée sur l’incertitude du résultat. Le plus fort ne gagne pas toujours. Heureusement d’ailleurs, car c’est un élément important de son attractivité. Pour Serge Aurier, il a salement dérapé mais on ne va pas le poursuivre tout au long de sa vie. Il aura payé sa dette. Ses coéquipiers et son entraineur sont des gens expérimentés. Ils savent qu’un jeune adulte peut « sortir de la route ». C’est arrivé à d’autres. Il y a eu une sanction et j’imagine un travail de pédagogie auprès de lui. Quelque chose me dit qu’il ne recommencera pas.

Propos recueillis par Bérenger Tournier

Crédit Photo : lagrinta.fr

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Une réflexion sur “Pascal PERRI : « Le football français est en crise… »

  1. franchement les commentaires de l’ultra libéral Perri , qui loin d’être une grande gueule n’est que la voix de son maître financier’ dans un monde qui agonise à cause du libéralisme et de la mondialisation , on s’ne moque un peu

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