Interview croisée – Eric BAUTHEAC et Julien GENSEL, amis pour la vie…

 

L’un joue en Ligue 1 pendant que l’autre arpente les terrains de CFA avec le FC Sète 34. Pourtant, Eric Bauthéac et Julien Gensel avaient un rêve commun, celui de percer ensemble dans le monde professionnel. Depuis leur rencontre au centre de formation de l’ASSE et malgré des destins sportifs bien différents, les deux « sudistes » ne se sont jamais quittés. Amis depuis des années et plus proches que jamais, les deux anciens verts sont aujourd’hui unis par une relation très forte. Portrait d’une amitié unique où la complicité ne s’est pas laissée dominer par l’ambition…

 

Julien Gensel et Eric Bauthéac, vous avez passé plusieurs mois au centre de formation de l’ASSE. Que retenez-vous de cette période ?

Julien Gensel : Elle était top. On vivait football et on pensait football. Et puis humainement, c’était très enrichissant. En plus, on jouait à l’ASSE, c’est quand tu joues dans ce club que tu te rends compte de la place qu’il occupe. Il y avait un engouement incroyable, l’ASSE est vraiment mythique. Des rencontres m’ont également beaucoup marquées, notamment celle avec Eric.

Eric Bauthéac : Nous avons passé notre jeunesse ensemble au centre de formation. Ce n’est jamais évident de partir du cocon familial si jeune. Ce que je retiens le plus, c’est l’amitié que nous avons eu et qui perdure. Je me souviens même que les derniers mois de la saison, Julien avait vécu avec ma femme et moi dans mon appartement car il avait dû libérer le sien. Je n’ai que des bons souvenirs avec lui.

Vous avez joué plusieurs derbys à l’ASSE. Ce sont vraiment des matchs différents ?

Julien Gensel : C’est clair qu’à Saint-Etienne, la notion de derby est vraiment importante, c’est le match de l’année. Je me souviens que pour ma première saison à l’ASSE en 18 ans Nationaux, on était allé gagner 4-1. Par contre, la saison suivante, on a perdu chez nous à Geoffroy Guichard. Mais bon, Lyon était venu avec une grosse équipe : Mounier, Vercoutre, Gonalons, Pied…

Eric Bauthéac : C’était forcément particulier. On savait que deux fois par saison, on allait rencontrer l’OL. Il ne fallait surtout pas se louper car même dans les catégories de jeunes, on pouvait voir que la rivalité était très forte. Lorsque le derby approchait, Roland Romeyer venait nous mettre un petit coup de boost dans le vestiaire.

Vous êtes restés très proches depuis votre adolescence. Le fait de ne pas avoir pu percer tous les deux doit être une grosse déception… 

Julien Gensel : Oui, forcément car on fait beaucoup de sacrifices pour y arriver. Mais ce n’est pas parce que l’on ne réussit pas à l’ASSE qu’on ne peut pas réussir ailleurs. Eric en est le parfait exemple puisqu’il n’a pas signé à Saint-Etienne alors qu’il le méritait. Mais avec beaucoup d’abnégation et d’ambition, il a réussi à se faire une belle carrière en passant par le monde amateur et en franchissant les étapes les unes après les autres. Il va bientôt vivre son 200ème match de Ligue 1.

Eric Bauthéac : Le football ne se joue pas à grand-chose. C’est un peu bateau de dire ça mais c’est tellement vrai. La chance, l’opportunisme, le fait d’être bon au moment opportun, il y a plein d’ingrédients qui rentrent en jeu. Julien n’est pas passé loin, j’aurais aimé qu’il puisse découvrir le monde professionnel car c’est vraiment extraordinaire de vivre ça.

Vous êtes restés en contact avec beaucoup d’anciens coéquipiers ou votre amitié est plutôt rare dans le milieu du football ?

Julien Gensel : Elle est rare, c’est sûr et certain. Après, j’ai encore quelques contacts avec d’anciens coéquipiers, mais pas tous. Au début, on essaye de garder contact mais au fil du temps, on se perd tous un peu de vue. Mais avec Eric, on est toujours resté très proche. Il n’y a pas une semaine où je n’ai pas de ses nouvelles, c’est un frère pour moi.

Eric Bauthéac : Nous sommes restés très proches avec Julien ainsi qu’avec Cyrille Noyer, on part souvent en vacances ensemble. Il joue dans la Drôme, dans le pays de Julien.

Julien, quelles étaient les qualités et les défauts d’Eric ? Et inversement ?

Julien Gensel : Ses qualités sont surtout mentales. Il est très régulier dans ses performances et puis c’est un gros bosseur, il a une énorme envie de gagner. Il a également une très bonne patte gauche et un bon timing. En plus, il va vite et il est endurant, c’est un joueur complet. Après, pour son défaut, je vais dire son pied droit. Mais c’est vraiment pour trouver la petite bête car je ne vois pas en lui un réel défaut.

Eric Bauthéac : C’était un bison, il courait vite et frappait fort des deux pieds. C’était vraiment un très bon attaquant. Quant à son défaut, je pense que c’est d’ailleurs ce qui lui a fait louper une carrière, c’est qu’il n’avait pas la soif de réussir. Dans ce milieu là, il faut marcher sur tout le monde pour réussir alors que Julien, c’était un gentil.

Après tous ces moments passés ensemble au centre de formation, lequel de vos souvenirs restera le meilleur ? Et le pire ?

Julien Gensel : C’est sûrement la fois où on a joué avec les pros en amical à Annecy contre Thoune. Quant au pire, c’est la défaite contre Lyon à Geoffroy Guichard.

Eric Bauthéac : Mon meilleur souvenir, c’est comme Julien pour notre premier match avec les pros. Je me rappelle qu’à la fin, on ne devait pas conserver les maillots mais certains pros comme Bafé Gomis avaient insisté auprès des dirigeants pour que l’on puisse les garder. C’était la première fois qu’on portait le maillot vert sur les épaules en pro, c’était vraiment top. Après, le pire, c’est quand nous avons été reçus en fin de saison pour nous signaler que l’on était libre et que nous n’allions pas signer de contrat. C’était la fin d’un rêve.

Votre seule chance de jouer l’un contre l’autre est en Coupe de France. C’est quelque chose qui vous plairait ?

Julien Gensel : Ce serait un rêve. Déjà, il y a deux ans, quand on a fait notre super parcours, on vivait le tirage au téléphone car on voulait tomber l’un contre l’autre, mais ça n’est jamais arrivé. Au final, je suis allé plus loin dans la compétition qu’Eric (rires).

Eric Bauthéac : Ce serait top ! Et puis ce serait forcément à Sète, où j’ai déjà joué avec Cannes en National. Ça serait l’occasion de revenir un peu dans le sud.

Julien, même si Eric est l’un de vos meilleurs amis, êtes-vous jaloux de sa carrière professionnelle ?

Julien Gensel : Pas un brin, sinon, ce ne serait pas mon ami. Et puis si je n’ai pas réussi, c’est que je ne le méritais peut-être pas. Au contraire, je suis fier de lui, de sa carrière et de sa réussite. Je me régale de le voir à la télévision, ça me permet de le chambrer lorsqu’il rate quelque chose ou qu’il parle en interview. Il en rajoute toujours avec son accent du sud amplifié alors qu’il est de Pont Saint Esprit (rires). Mais bon, je dois avouer qu’il s’en sort quand même bien.

Eric, suivez-vous les matchs du FC Sète 34 ?

Eric Bauthéac : Oui, on en parle souvent. Je regarde les résultats, surtout qu’en plus de Julien, je connais d’autres joueurs de l’équipe comme Geslin ou Pappalardo. Je suis sûr que Sète peut retrouver le National dans les années à venir. Il faut du temps mais j’espère que Julien pourra connaître ça. D’autant que d’après les échos que j’ai de Julien, c’est un très bon club. Quant au football amateur, j’aime forcément. C’est là que j’ai commencé à Cannes donc je n’oublie pas d’où je viens.

Vous êtes deux amoureux du sud de la France mais Eric joue désormais à Lille. C’est mieux de jouer devant 40 000 personnes sous la pluie ou devant 500 spectateurs sous le soleil ?

Julien Gensel : Ça ne me dérangerait pas de jouer devant 40 000 personnes sous la pluie du nord, mais seulement pendant un an ou deux. Le sud, c’est quand même le top.

Eric Bauthéac : Les nordistes ont compris, ils ont fermé le toit du stade (rires). Ils en avaient marre d’avoir la tête tout le temps mouillée. Mais c’est quand même une très belle région où les gens sont très accueillants. Après, je reste sudiste.

Plusieurs affaires ont secoué les footballeurs ces derniers mois. Etes-vous touché par toutes les critiques qui s’abattent sur les footeux ?

Julien Gensel : Non, absolument pas car je ne me sens pas concerné par tout ça. Si tu te considères comme une bonne personne qui fait correctement son job, il n’y a pas de raison que ça t’énerves.

Eric Bauthéac : Forcément, quand on est critiqué, ça nous touche. Mais ça fait partie du football, on est formaté pour faire face à tout ça.

Dans vingt ans, peut-on espérer voir un duo Gensel / Bauthéac sur un banc de Ligue 1 ?

Julien Gensel : Dans 20 ans ? Un peu avant non ? Mais si Eric veut reprendre une équipe, il n’y a pas de soucis, je veux bien être son adjoint. Après, je ne sais pas s’il va vouloir rester dans le football. Je le vois plutôt en train d’écumer tous les boulodromes aux alentours de Nice et s’occuper de ses enfants et de sa femme.

Eric Bauthéac : Je ne sais pas encore mais pourquoi pas. Lorsque l’on était en vacances à Palavas, on se disait souvent qu’on finirait tous ensemble au club de la ville pour essayer de monter un projet.

Avant de terminer, avez-vous une anecdote à raconter sur votre amitié ?

Julien Gensel : Il y en a tellement. J’ai été témoin de son mariage, je salue sa femme au passage. A une heure de la cérémonie, il était encore dans la piscine à faire le con. C’était sûrement son moyen pour évacuer la pression. Je me souviens d’une autre anecdote. Eric n’est pas du tout organisé et un jour, c’est lui qui a réservé nos vacances. On s’est retrouvé à huit dans un seul bungalow, il est également capable de prendre des billets d’avion pour sa femme mais de se tromper dans le jour de départ (rires).

Eric Bauthéac : C’est dur à trouver car il y a des choses que l’on ne peut pas répéter (rires). On a fait les 400 coups ensemble. On avait l’habitude de partir chaque été avec d’autres amis que je salue dans un camping à Palavas. Une année, alors que nos vacances se terminaient, on s’est dit au revoir avec la larme à l’œil comme si nous n’allions jamais nous revoir. Je me souviens aussi d’une fois, c’était le week-end de son anniversaire, on jouait à Bastia et il avait pris un énorme tacle. Son genou avait tourné mais le soir, il avait organisé une petite fête. Il gambadait comme si de rien n’était. Bilan des courses, le lendemain, il ne pouvait plus marcher et s’était blessé pour un mois…

Propos recueillis par Bérenger Tournier

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