Arnaud RAMSAY : « Bielsa ? Il a amené de la fierté, de la beauté, de l’énergie… »

A 44 ans, il s’est fait une place dans le cercle des journalistes sportifs français les plus écoutés. Diplômé de l’ESJ Paris, Arnaud Ramsay collabore depuis des années avec de nombreux médias et intervient régulièrement dans la bible de tous les footeux : France Football. Mais ses talents d’écriture ne s’arrêtent pas là puisqu’il est l’auteur de nombreuses biographies comme celles de Nicolas Anelka, Youri Djorkaeff ou encore Mourad Boudjellal. A quelques heures d’une demi-finale de Ligue des Champions attendue par tous les amoureux de football, Arnaud Ramsay a accepté de se livrer. Entretien…

 

Arnaud Ramsay, êtes-vous impatient d’assister à la demi-finale de Ligue des Champions entre l’Atletico Madrid et le Bayern Munich ?

Oui, bien sûr. Surtout après le match assez ennuyeux d’hier, même si le terme de purge que l’on a pu entendre est sévère. On a forcément envie de s’enflammer pour une demi-finale. Il y a eu des gros matchs à chaque tour, je repense par exemple au Bayern – Juventus, qui était exceptionnel. Il y aura également une opposition de style très intéressante ainsi que plusieurs duels dans le duel. Si on se place avec la lorgnette franco-française, ce sera Ribéry contre Griezmann. Tactiquement, ce sera Guardiola contre Simeone. On aime aussi le football pour ça. Mais bon, je me méfie quand même. Parfois, le grand match arrive quand on ne l’attend pas. La Ligue des Champions, c’est la vitrine du football. J’espère que l’on assistera à un gros match, on a envie de rêver.

Lorsque l’on parle de Guardiola et Simeone, il est difficile de ne pas penser à Bielsa…

C’est vrai que Guardiola et Simeone se sont réclamés de cette école. Bielsa, il y a d’abord le personnage avec sa communication, son survêtement, sa dévotion absolue pour le football. Que l’on aime Bielsa ou pas, on est obligés d’admettre qu’il a transformé Marseille, qu’il a redonné de la fierté et qu’il a fait progresser les joueurs. C’était le bon entraîneur pour ce club, il se passait toujours quelque chose. L’année dernière, l’OM pouvait l’emporter 5-0 et s’incliner 5-3 la semaine suivante. Après, on sait que le système de Bielsa est très usant. Après un début extraordinaire, son équipe s’est effondrée. Mais c’est évident que pour les amoureux de football, ce n’est que du plaisir. Je n’ai aucune leçon à donner mais quand on regarde du football, on veut voir du spectacle. Avec Bielsa, on l’avait sur le terrain et avec tout ce qu’il se passait autour.

Comprenez-vous toutes les critiques qu’ont pu recevoir un Bielsa ou un Jardim de la part du football français ?

C’est vrai que l’on a reproché beaucoup de choses à Bielsa, comme le fait de ne pas parler français. Lundi, j’ai vu une vidéo de Jardim qui se moquait de son accent. Même s’il fait des efforts, certains le lui reprochent. Je me souviens également que Nicollin s’était moqué de Carlo Ancelotti et avait dit qu’il préférait Courbis. A une époque, Guy Roux était très vigilant avec les entraîneurs étrangers qui n’avaient pas de diplômes. Personnellement, je trouve que cette ouverture vers l’extérieur fait du bien. L’école italienne s’exporte également, Ancelotti va entraîner le Bayern, Conte sera à Chelsea. Je trouve que c’est plutôt bien d’avoir un vent nouveau, un peu de fraîcheur. Pour en revenir à Bielsa et même s’il n’a rien gagné, il a amené de la fierté, de la beauté, de l’énergie. Après, quand on fait ce métier de technicien, on est toujours critiqué. Laurent Blanc, malgré tous ses titres, est également beaucoup critiqué. Mais tout dépend sur quoi portent les critiques, si c’est sur l’accent, sur le jeu. Personnellement, et même si on peut comprendre les raisons, je n’avais pas trouvé le départ de Bielsa très élégant. J’étais sur RTL le soir où il a démissionné, j’étais très surpris que Labrune n’ait pas verrouillé son contrat. Avec quelqu’un comme lui, vous n’êtes pas à l’abri de ce qui est arrivé. C’est la limite de Bielsa, c’est un peu comme Mourinho. Ce n’est pas quelqu’un qui peut se bâtir dans la durée dans un club.

Dans le football moderne, il n’est plus possible de retrouver un parcours à la Arsène Wenger ou à la Guy Roux ?

Dans les clubs de très haut-niveau, ça me parait trop compliqué. Surtout quand on voit la pression, les réseaux sociaux, les enjeux financiers. Quand Zidane a perdu contre l’Atletico, on se dit qu’il va partir mais quand il gagne contre Barcelone, il devient un héros. Le football va tellement vite. J’avais été frappé par l’image de Deschamps entre son arrivée à l’OM et son départ. Il avait pris des kilos, on voyait qu’il était rongé par le stress alors que maintenant, il est très affuté. En plus, il y a des changements d’actionnaires, de propriétaires. Tous les grands clubs changent régulièrement d’entraîneurs.

Vous avez écrit en 2013 une biographie de Mourad Boudjellal. Peut-on imaginer un tel personnage arriver à la tête d’un club comme l’OM ?

Mourad est un enfant de Toulon. C’était légitime pour lui qu’il arrive dans le club. Il faut bien comprendre que contrairement à Vincent Labrune par exemple, Mourad Boudjellal est un président propriétaire. La nuance est importante. Mourad est un autodidacte, c’est un homme de challenge. Il a commencé dans la BD et n’avait jamais joué au rugby de sa vie. Mais il a su construire un modèle économique, je pense qu’il saurait gérer un club comme l’OM. Et puis c’est un personnage médiatique, les joueurs ont envie de gagner pour lui. C’est quelqu’un qui pourrait certainement développer la marque OM.

D’autant que c’est un homme qui adore les challenges…

Oui, c’est un homme de défi, il ne se nourrit que de ça. Quand ça ronronne, il s’ennuie. Il pourrait prendre le club pendant un an pour voir s’il est capable de le gérer. Il a repris le RC Toulon en Pro D2 et il a construit quelque chose de formidable. Il a permis au RCT de remporter la Coupe d’Europe, il a réussi à convaincre Wilkinson de venir, il a construit des boutiques, il a créé du rêve. Mais il faut se méfier. Le rugby n’a pas la même puissance que le football, ce n’est pas forcément transposable. Dans le football, il y a très peu de présidents propriétaires. Mourad, c’est un peu comme Jean-Michel Aulas. Il sert de bouclier quand ça va mal, il adore les médias.

Inconsciemment, le fait d’avoir été éliminé par le Racing en Coupe d’Europe peut-il lui redonner un supplément d’envie ?

Il aurait évidemment préféré aller en finale mais c’est possible. Il va y avoir des nouveaux joueurs, Laporte s’en va à la fin de saison. L’appétit va revenir, au lieu d’être chassé, il va redevenir chasseur.

Vous qui connaissez parfaitement le milieu, est-il plus facile d’être journaliste dans le monde du football actuellement qu’il y a quelques années ?

Avec les réseaux sociaux, tout le monde se prend pour un journaliste. Journaliste, c’est un métier, il faut aller chercher l’information, l’analyser, la retranscrire. Et puis sans jouer aux vieux combattants, les accès aux grands joueurs sont plus que limités aujourd’hui. Un Pogba ou un Benzema ne parlent qu’une fois par an. C’est beaucoup moins stimulant d’être journaliste à l’époque actuelle. Nous n’avons plus de proximité avec les joueurs. Pour les clubs, la communication a pris le pas sur le journalisme. Avant, un sportif venait voir « L’Equipe » pour se faire entendre. Maintenant, il se débrouille avec les réseaux sociaux. Malgré tout ça, le journalisme reste un métier formidable mais il n’a plus la même saveur. Ceux qui débarquent aujourd’hui ont du courage.

La multiplication des médias contribue-t-elle à ces difficultés ?

Oui, même si je suis pour la pluralité, c’est très bien que l’on ait tous ces médias pour nous informer. Mais c’est vrai qu’il y a une course à la vitesse, à la surenchère. On est dans l’immédiateté, l’information va à une vitesse énorme.

Propos recueillis par Bérenger Tournier

 

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