Jean RESSEGUIE : « On formate les joueurs… »

Il y a des voix qui restent gravées, qui sont peu à peu rentrées dans la légende du journalisme sportif. Si la radio est un formidable moyen de communication, elle n’en reste pas moins l’un des médias les plus difficiles à maîtriser. Dans ce monde où seule la voix compte, rares sont ceux qui réussissent à trouver la parfaite harmonie entre la description pure et la passion. Depuis des années, Jean Resseguié a su transmettre et partager ce savoureux mélange sur les ondes. Celui qui commente les plus grands matchs de football sur RMC a accepté de se livrer. Entretien…

 

Jean Resseguié, vous avez commenté la demi-finale de Ligue des Champions entre le Bayern et l’Atletico. Qu’avez-vous pensé de cet énorme choc ?

Comme on pouvait s’y attendre, c’était un très gros match de Ligue des Champions. L’intensité était énorme, l’excitation l’était également, que ce soit sur les bancs ou sur le terrain. Le Bayern a fait le match qu’il devait faire mais ce penalty arrêté par Oblak a été un véritable tournant.

Avez-vous immédiatement senti que le coaching de Simeone serait déterminant ?

Oui, le repositionnement en 4-3-3 a tout changé. Griezmann a eu beaucoup plus de liberté et a moins eu un rôle défensif à assumer, même si c’est une récupération défensive qui est à l’origine du but.

Au delà d’être un très grand match de football, cette demi-finale a offert une véritable opposition de style. Vous préférez commenter ce genre de rencontres ou un match entre deux équipes qui se ressemblent ?

Quand il y a une opposition de style. Au moins, on est presque certains de vivre le match intensément et donc de prendre et de donner du plaisir à travers les commentaires.

 

Vous avez débuté dans le journalisme dans les années 1980. La profession a-t-elle évolué ces dernières années ?

Je ne veux pas faire vieux con (sic) mais le métier a totalement changé. Déjà par l’apport d’internet, qui amène du bon et du mauvais. Du bon au niveau des archives puisque l’on peut récupérer très rapidement n’importe quelle information. Mais du mauvais avec toutes les dérives que cela entraîne. Certains jeunes journalistes ont perdu l’habitude de vérifier l’information, ils se sont habitués à faire confiance à des sites qui eux-mêmes, n’ont pas pris le temps de vérifier l’exactitude de ce qu’ils avancent. C’est dommage car on est tombé dans la facilité de vouloir aller trop vite. Ce phénomène est accentué avec les réseaux sociaux. Malheureusement, on perd ainsi une notion de base de notre métier qui est de donner des informations que l’on a préalablement vérifiées.

La relation avec les acteurs du football a-t-elle également évoluée ?

Complètement. Elle a commencé à changer au début des années 1990. Je ne suis pas forcément nostalgique du temps où on pouvait boire des cafés avec les joueurs à Clairefontaine, où l’on pouvait discuter avec eux. A l’époque, on allait même dans les vestiaires pour les interviewer à la fin des matchs. Ce n’est pas une question de nostalgie mais c’est une question de mise en place d’un nouveau système par les clubs. Nos clubs français n’ont rien inventé, ils ont tout copié sur les pays étrangers où les joueurs et les entraîneurs veulent être tranquilles et acceptent de moins en moins de rencontres avec la presse ou le public. Tout est organisé. Mardi soir, après la victoire et la qualification en finale, ce qui représente quand même quelque chose d’énorme pour un club, pour une institution, l’attaché de presse de l’Atletico a expliqué aux journalistes que seulement quatre ou cinq joueurs allaient pouvoir s’exprimer. Griezmann n’allait pas pouvoir parler car il avait déjà été interviewé par les détenteurs de droit. C’était une situation absolument surréaliste. Quand Antoine est arrivé, on lui a demandé de parler aux médias français et il a accepté. Mais c’est un exemple criant qui prouve que l’on formate les joueurs, que les clubs se formatent eux-mêmes. Les instances du football essayent de mettre en place des règles qui ne sont pas forcément respectées.

D’autant que les journalistes sont souvent mis en cause par les acteurs du football…

Oui, mais c’est faux-cul (sic). Quand un joueur, un club ou un entraîneur sont critiqués par les médias, ça les dérange et ils le font savoir. Mais ces mêmes joueurs, entraîneurs ou clubs sauront s’exprimer dans ces mêmes médias quelques mois plus tard quand ils en auront besoin. C’est pour cela que dans le fonctionnement d’aujourd’hui, les personnalités du football ont des réseaux, des relais. Didier Deschamps est un exemple. Il va s’exprimer dans tous les médias mais avec certains journalistes. Entre guillemets, et j’insiste sur ces guillemets, cela permet d’éviter la polémique. Sauf qu’à un moment donné, car le journaliste est avant tout un journaliste, il n’hésitera pas à poser les questions qui dérangent.

Cette distance entre la presse et les acteurs est-elle très présente en France ?

Oui. Au PSG, de mémoire, c’est un entraînement ouvert par semaine et un rendez-vous média les veilles de matchs. C’est pareil à Marseille et dans la majorité des clubs. Pour les plus ouverts, on est sur deux rendez-vous média par semaine.  Comme on dit dans notre jargon, si on ne nous donne pas à manger, on arrive dans la situation qu’a connu Domenech quand il était sélectionneur. A ce moment là, il était critiqué par tous les médias, tous les journalistes qui suivaient les Bleus essayaient d’avoir des infos par X, Y ou Z. Du coup, on prend le risque de s’exposer à des situations délicates à gérer.

Dimanche dans les « Grandes Gueules du Sport » de RMC, vous avez rappelé l’importance de la dimension journalistique et éditoriale dans le commentaire sportif. C’est important de ne pas l’oublier à vos yeux ?

La question n’est pas d’oublier ou non son rôle de journaliste. A la base, je suis journaliste. Quoi que l’on fasse dans ce métier, et même s’il y a des spécificités, nous sommes tous des journalistes. Malheureusement, dans ce genre de débats et d’émissions, que ce soit chez nous ou ailleurs, des anciens sportifs peuvent avoir une petite dent contre certains journalistes de leur époque qui les avaient titillés. D’ailleurs, quand j’ai pris l’exemple des attentats, qui était très fort et très marquant, c’était pour insister sur le fait que l’on doit d’abord décrire ce qu’il se passe. Que l’on soit dans la rue pour un tel événement ou dans un stade, on décrit ce que l’on voit. C’est la base du métier de journaliste.

Il arrive également régulièrement que les auditeurs ou les lecteurs ne croient pas les informations révélées par des journalistes. Daniel Riolo, par exemple, est souvent critiqué voire insulté sur les réseaux sociaux…

C’est le problème des réseaux sociaux. Moi même, je suis sur Twitter. La seule opinion que je donne, et je m’en amuse, c’est autour du Toulouse FC car c’est le club de ma région et qu’il représente quelque chose dans ma vie de journaliste. Quant à Daniel Riolo, il donne ses informations et les gens sont libres de le croire ou pas. Les réseaux sociaux, c’est de l’anonymat et c’est la possibilité de congratuler des gens ou de les « hashtag basher ». Quand Pierre Ménès fait ses émissions, il y a autant de personnes d’accord avec lui que d’autres en désaccord.

Justement, à vos yeux, le journaliste doit-il donner son opinion ?

Moi, je pense que oui. On est dans un journalisme qui a totalement changé. Après, dans les cas de Daniel Riolo ou de Pierre Ménès, même s’ils ont commencé en tant que journalistes, et j’insiste là dessus, ils sont devenus des éditorialistes. L’éditorialiste, c’est celui qui fait son billet sur le blog, qui donne son avis. Sur RMC, on donne la possibilité aux journalistes et aux consultants d’avoir une vraie liberté de ton et d’opinion.

Comme vous l’avez rappelé, votre proximité avec le TFC n’est un secret pour personne. Croyez-vous encore au maintien ?

Tout va se décider à la dernière journée. Je pense que le TFC va battre Troyes et que Reims et le Gazelec ne gagneront pas, même si j’émets un doute sur le GFCA face à Paris, qui sera capable de prendre un point. Ce sera dur jusqu’au bout mais je pense que le maintien est possible. Après, ce n’est pas contre l’ASSE que tu perds forcément des points. On sait que lorsque Ruffier est chaud, il est capable de faire tous ces arrêts. Il l’a déjà montré par le passé. Ce n’est pas non plus face à Lyon, il n’y a rien d’incroyable à mener face à l’OL mais à perdre au final. C’est quand même le dauphin du PSG. Ce qui me gêne le plus dans la « remontada » de Dupraz, c’est le but encaissé dans le temps additionnel à Lorient et l’occasion de Ben Yedder une minute après. C’est ce match là qui me fait entretenir un petit doute. Mais quand on voit le match de samedi dernier face à Saint-Etienne, c’est digne d’une équipe du milieu – haut de tableau. C’est juste énorme de voir comment Dupraz a transformé ses joueurs.

L’aspect mental est-il prédominant dans ces situations ?

Oui, je pense. Je connais très bien Dominique Arribagé, il n’était pas prévu qu’il devienne un jour entraîneur. De la même manière, je ne suis pas convaincu qu’après avoir réussi sa mission commando, il ait eu envie de repartir en début de saison. Mais quand on regarde ce qu’il a fait quand il a remplacé Casanova, il y a également eu ce déclic positif. Un changement d’entraîneur, c’est un changement d’attitude, de parole, de management dans les séances. Il y a cet aspect psychologique dont il faut se servir et très souvent, cela porte ses fruits. Je crois beaucoup au déclic en cas de changement d’entraîneur. Mais cela ne marche pas tout le temps car la décision peut être trop tardive comme elle risque d’être le cas avec Reims. Après, quand on connait Dupraz, c’est avant tout un meneur d’hommes. Mais c’est également quelqu’un de très malin. Je ne m’attendais pas à ce qu’il transforme autant le jeu de son équipe, mais au moins l’état d’esprit.

Propos recueillis par Bérenger Tournier

Crédit Photo : cotevestiaire.wordpress.com

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