Jean-Louis TOURRE (RMC) : « On n’aime pas trop l’originalité en France… »

Après avoir été journaliste puis correspondant à Madrid pour RTL, Jean-Louis Tourre est arrivé en 2013 à RMC Info. Dans ce monde des médias où certains journalistes préfèrent la langue de bois à l’engagement, il se démarque et n’hésite pas à donner son avis et à revendiquer un football basé sur la technique et l’intensité. Entretien avec cet animateur passionné, fan du football espagnol et dont les qualités de gardien de but au Média FC sont devenues légendaires…

 

Jean-Louis Tourre, la semaine dernière, Jean Resseguié s’est montré plutôt favorable à ce qu’un journaliste puisse donner son opinion. Etes-vous d’accord avec lui ?

Oui, je le pense aussi. Avec la liberté de ton que l’on a sur RMC, je crois que l’on aura à peu près tous la même réponse. Après, il faut savoir prendre de la distance sur certaines actualités qui ne nécessitent pas de donner son avis. Mais je pense que cela peut-être utile pour mettre en perspective certains sujets.

Avez-vous la sensation que la manière de faire du journalisme a changé ces dernières années ?

C’est vrai que le métier a tendance à évoluer. Quand j’ai commencé il y a dix ans, on donnait beaucoup moins notre avis. Après, il faut prendre en compte les différents types de journalistes. Il y a le reporter qui est sur le terrain pour rapporter les faits et à qui on ne demandera jamais son point de vue. Ensuite, il y a le journaliste qui est dans une émission de plateau. Il peut être dans la position du débatteur ou dans celle du présentateur et dans ces deux cas, il peut effectivement être amené à donner sa position, à relancer le débat. Quoi qu’il en soit, on peut exprimer son avis et son opinion seulement si l’on est précis et que l’on connait parfaitement le sujet.

L’antenne de RMC est réputée pour sa totale liberté de ton. Votre passage de RTL à RMC a-t-il été facile à gérer ?

C’était un réglage à trouver mais cela n’a pas été vraiment compliqué pour moi. Déjà, car je donnais régulièrement mon opinion lorsque j’étais à RTL, et surtout parce que je suis passé dans le rôle du présentateur. A la présentation, on est moins amené à donner son avis même si l’on y est parfois obligé pour relancer le débat et mettre le débatteur face à une contradiction. Quand on prend l’exemple de l’After Foot, on écoute surtout l’avis de Daniel Riolo et un peu moins celui de Gilbert Brisbois.

Vous a-t-on déjà reproché ces prises de position sur les réseaux sociaux ? 

Franchement, sur les réseaux sociaux, il y a de tout. Personnellement, j’ai reçu des messages qui me disaient que j’étais trop timide et pas assez engagé, et d’autres qui me reprochaient l’inverse. Je ne pense pas qu’il y ait une véritable tendance. Après, tout le monde attend les prises de position de Daniel Riolo pour prendre l’exemple de « l’After Foot ». Pour moi, c’est assez différent. J’ai ma vision du football et mes convictions mais je me vois plus comme un accompagnateur pour essayer de rendre l’émission la meilleure possible. J’anime « Larqué Foot » depuis des années et je suis en désaccord avec Jean-Michel Larqué sur quelques sujets, cela créé forcément du débat. Mais on ne pourra pas me reprocher la position que j’adopte.

On reproche souvent aux journalistes et aux acteurs du football de faire preuve de copinage, de corporatisme. Qu’en pensez-vous ?

Le corporatisme a toujours existé mais je pense qu’il est moins présent qu’avant. Aujourd’hui, on ne peut plus tromper les gens comme on pouvait le faire il y a quelques années. Tout est relayé, tout est analysé. Le copinage sera forcément dévoilé. Après, il ne faut pas se voiler la face, il existe mais c’est un vaste sujet. Dans un sens, pour avoir des informations, il faut bien avoir des gens informés dans le milieu.

Revenons au jeu et à la Ligue 1. A vos yeux, est-elle en deuxième division européenne ?

C’est difficile de dire autre chose. Il suffit de regarder nos résultats en Coupe d’Europe. C’est souvent un bon révélateur même si ce n’est pas le meilleur. En terme de niveau de jeu, nous avons un championnat très moyen. Je regrette que certaines équipes comme Caen ou Nice n’aient pas continué à proposer des choses dans le jeu. En début de saison, le jeu collectif de ces deux équipes était vraiment intéressant. Malheureusement, Caen a complètement disparu et Nice a certainement trop misé sur Ben Arfa. Plus l’enjeu était important en avançant dans la saison, plus les principes de jeu ont été mis de côté. C’est dommage. J’ai vécu deux ans en Espagne, j’ai donc une petite tendresse particulière pour la Liga. Quand on voit les matchs, même entre des équipes moyennes de milieu de tableau, il y a un monde d’écart avec la Ligue 1. Chacun aime voir des choses différentes sur un terrain. Personnellement, j’aime les joueurs intelligents qui ont un QI football développé. Malheureusement, on en voit assez peu en Ligue 1. Un Celta Vigo / Las Palmas sera certainement plus intéressant qu’un match français…

Lors de la formidable demi-finale entre l’Atletico et le Bayern, un élément a particulièrement été commenté : l’intensité du match. C’est un domaine dans lequel les clubs français doivent progresser ? 

Oui, bien sûr. Après, la question de l’intensité est assez particulière. Même si on ne va évidemment pas faire la comparaison avec l’Atletico, une équipe comme Angers a mis de l’intensité en Ligue 1. Elle a pourtant été critiquée par les observateurs. On se rappelle même que Ben Arfa avait dit que les joueurs du SCO ne pouvaient pas prendre de plaisir dans cette équipe. Très peu de formations en Ligue 1 mettent de l’intensité et quand une équipe le fait, on lui tombe dessus. A Angers, c’est clair qu’il n’y a certainement pas assez de joueurs techniques mais au moins, cette équipe met de l’intensité. Il y a un entraîneur qui a une idée en tête, qui impose quelque chose à ses joueurs et qui ne change pas de plan de jeu ni de ligne directrice. Après, c’est clair que si on avait seulement des équipes de ce genre en Ligue 1, on serait demandeur de plus de technique, de plus de jeu. Malheureusement, on voit régulièrement des équipes de haut de tableau qui jouent à deux à l’heure. Les matchs de fin de saison de Saint-Etienne, même s’il y avait des victoires un ou deux à zéro au bout, sont incompréhensibles.

Justement, comme pouvait le faire un Bielsa la saison dernière, nos entraîneurs français devraient pouvoir donner cette impulsion…

C’est clair qu’il y a un problème au niveau des entraîneurs, mais au niveau des joueurs également. Je pense que les deux sont liés. Pour les coachs, c’est un problème de manque d’originalité. Pour revenir au travail de Stéphane Moulin à Angers, il a des joueurs très limités mais il va tirer le maximum de son groupe. Il a pourtant été souvent critiqué depuis le début de saison. On n’aime pas trop l’originalité en France, on l’a bien vu avec Bielsa la saison dernière alors qu’il est considéré comme l’un des plus grands penseurs de football dans le monde. Personnellement, je suis vraiment étonné qu’il n’y ait pas plus de coachs qui viennent du monde amateur et qui amènent de nouvelles idées et de nouvelles méthodes. On ne laisse aucune chance à ces entraîneurs. Après, il faut également que les joueurs soient réceptifs à ces messages. Il faut souvent qu’ils quittent la France pour qu’ils soient capables de franchir un palier. A l’OM, Bielsa a fait beaucoup travaillé ses joueurs. C’est une méthode qui peut tenir une année mais le joueur français a beaucoup de mal à mettre autant d’investissement dans le travail sur plusieurs saisons.

Notre football devrait donc s’inspirer de ce qu’il se fait à l’étranger. Est-ce réellement le cas ?

Pas assez, même si j’ai l’impression que c’est en train de changer. On est resté focalisé pendant des années sur l’idée qu’on avait la meilleure formation, la meilleure idée de jeu au monde. On a arrêté d’évoluer alors que pendant ce temps, les autres pays ont continué à travailler et se sont inspirés de ce que l’on faisait de bien. J’ai tout de même la sensation que les présidents évoluent et s’inspirent des modèles allemands, anglais ou espagnols. J’ai également l’impression que l’on remet la technique au centre des débats dans la formation. Un joueur comme Koziello, avec son petit gabarit. n’aurait sûrement jamais percé en Ligue 1 il y a quelques années. C’est encore trop tôt pour que cela porte ses fruits mais le changement est bien présent. Il faudra voir comment cela va évoluer dès la saison prochaine.

Enfin, un petit mot pour votre équipe du Média FC, avec qui vous avez réalisé une magnifique saison ! 

Oui, j’ai une pensée pour tous les joueurs du Média FC qui travaillent à RMC. Je pense au président Gilbert Brisbois, au coach Pierre Dorian, à Mohamed Bouhafsi, à Jérôme Thomas, Benoit Boutron et tous les autres qui ont contribué à cette saison sympa !

Propos recueillis par Bérenger Tournier

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