Stéphane BITTON : « Le PSG peut gagner la Ligue des Champions avec Laurent Blanc… »

Il est incontestablement l’une des grandes personnalités du journalisme sportif. Après avoir débuté à Onze Mondial, Stéphane Bitton a rejoint la rédaction de l’Equipe en 1997 avant d’y officier en tant que rédacteur en chef de 2003 à 2012. Actuellement responsable de Foot123.fr, site qu’il a lui-même créé en 2012, le natif de Boulogne-Billancourt est également consultant sur I-Télé et France Bleu. Mais si sa passion dévorante du football l’a conduit à rédiger de nombreux ouvrages, Stéphane Bitton est avant tout un grand amoureux du journalisme. Une particularité qui, dans le monde actuel de l’information, où immédiateté et recherche permanente du buzz sont devenues légions, le rend presque unique. Celui qui pense que l’on « naît journaliste » a accepté de répondre à nos questions. Entretien…

 

Stéphane Bitton, lorsque l’on vous lit, un élément ressort immédiatement, c’est votre passion du journalisme. Vous avez d’ailleurs déclaré que l’on « naît journaliste ». Comment l’expliquez-vous ?

Etre journaliste, c’est plus qu’un métier. C’est une passion,  un sacerdoce. C’est l’envie de transmettre, d’analyser et d’être un témoin de son temps. Même si je n’ai pas tout de suite pris cette direction, j’avais cela en moi.

Pensez-vous qu’un journaliste soit différent en fonction de l’avancée de sa carrière ?

On est le même mais on a plus d’expérience et de recul avec l’âge. Mais c’est comme dans la vie, on est différent à 20 ans, 30 ans, 40 ans… C’est une accumulation d’expérience et de rencontres qui font que l’on a une manière plus apaisée de voir les choses.

Vous avez été rédacteur en chef de plusieurs rédactions dans votre carrière. Est-ce un métier différent que celui de journaliste de terrain ?

Oui, évidemment. On travaille beaucoup sur la gestion. Il faut gérer les plannings, le financier mais également les caractères et la personnalité de chaque collaborateur. On fait en sorte que tout le monde soit fédéré autour d’un même projet, et ça, c’est très intéressant. Et puis on essaye d’avoir du recul sur les événements pour avoir un point de vue original sur tout ce qu’il se passe autour de nous dans le domaine qui nous intéresse. Ce travail découle forcément de ce qui a été fait sur le terrain, des rencontres qui ont été faites, des informations qui ont été recueillies.

Avant d’être spécialisé dans le sport, vous sentez-vous avant tout journaliste ?

Bien-sûr. J’ai coutume de dire que je connais aussi bien le PS que le PSG ! Les journalistes sont des gens qui s’intéressent à tout. Dans une rédaction sur le sport, on trouvera des personnes qui sont capables de discuter de façon très pointue sur l’économie, la politique, les faits-divers… Et quand vous allez dans d’autres rédactions plus généralistes, vous vous rendez compte que beaucoup de journalistes connaissent le sport. Journaliste, c’est une façon de s’intéresser, de voir les choses. J’ai cette vision depuis que j’ai sept ou huit ans. Quand j’étais petit, j’écoutais la radio et dès que j’ai eu quelques centimes, c’était pour m’acheter des journaux. Et ce sera comme ça pendant toute ma vie.

En plus de vos activités dans la presse écrite et le web, vous êtes régulièrement consultant à la radio et la télévision. Avez-vous la sensation de faire le même métier selon le support de communication ?

C’est le même métier mais ce sont des supports différents. A la radio et à la télévision, on parle et on peut même être vu. Dans la presse papier ou web, on écrit et on travaille un peu plus anonymement. Même si de nos jours, on n’est plus vraiment anonyme puisque tout le monde connait tout le monde et que les photos de chaque journaliste circulent sur internet et les réseaux sociaux. J’ai connu une époque où quand je lisais l’Equipe, je n’avais pas la moindre idée de la tête qu’avaient les journalistes. Quand je suis arrivé à la rédaction, je connaissais tout le monde de nom mais aucun physiquement.

Certains journalistes regrettent l’évolution du métier. Qu’en pensez-vous ?

L’époque a changé, ça ne sert à rien d’être nostalgique. Il y a des avantages avec l’information qui circule plus vite par exemple. Le métier de journaliste a changé avec  l’arrivée d’internet et des réseaux sociaux. Aujourd’hui, on est plus des vérificateurs et des analystes que des gens qui vont sortir des scoops. Quand on voit que Mourinho poste son contrat sur les réseaux sociaux, c’est quelque chose qui était absolument inimaginable il y a encore dix ans.

Et la relation avec les acteurs du football, a-t-elle radicalement évolué ?

Ça s’est énormément professionnalisé. Je repense encore au titre de Bordeaux en 1999 au Parc des Princes. J’étais dans les vestiaires avec les joueurs des Girondins qui dansaient devant moi. Il parait même que l’un de mes étudiants m’a vu sur une vidéo du titre en train de regarder danser Sylvain Wiltord ! En tout cas, c’est quelque chose qui est devenu totalement impossible. Tout est devenu verrouillé. Quand on peut rencontrer les joueurs, ce sont à des moments précis. Discuter avec des joueurs est devenu extrêmement compliqué, sauf si l’on prend des rendez-vous un ou deux mois à l’avance. Il n’y a plus rien de spontané.

Le regrettez-vous ?

Oui. Autant j’accepte volontiers totalement l’évolution de la vitesse de l’information, autant je regrette la relation privilégiée que l’on avait avec les joueurs. C’était quelque chose de très enrichissant pour nous, journalistes, mais également pour les joueurs. C’est un vrai regret.

Le journaliste était donc plus efficace il y a quelques années ?

Je ne sais pas s’il était plus efficace mais il savait probablement plus de choses. Aujourd’hui, tout le monde sait ce qu’il se passe. Le journaliste n’est plus vraiment privilégié. Quand Zlatan se promène dans les rues de Paris avec sa femme, on a immédiatement les photos. Avant, il pouvait confier à un journaliste qu’il était sorti en ville. On n’avait pas de photos, personne n’en savait rien.

En plus d’être un journaliste reconnu, vous êtes une véritable bible du football. Cette culture sportive est-elle indispensable dans la profession ?

Bien-sûr. Certains étudiants en master de sport manquent de culture sportive et je le regrette. On est toujours rattrapé par ce manque là à un moment ou à un autre de sa carrière. Quand on n’a pas le savoir pour mettre en perspective les choses, on a forcément des difficultés. C’est comme si un journaliste politique ne connaissait pas les Premiers Ministres de la France depuis 1959, c’est quasiment inenvisageable. C’est bien de savoir que Manuel Valls l’est actuellement, mais si on ne peut pas comparer à ce qui s’est fait avant, on sera très vite limité dans la profondeur du papier.

Vous suivez le PSG depuis des dizaines d’années. Comment imaginez-vous les prochains mois ?

Je pense qu’ils seront très bons, c’est peut-être mon naturel optimiste. Même si on ne remplacera pas le talent d’Ibra, plusieurs joueurs pourront former sans lui un collectif plus solide. On sait que Ibra, avec toutes ses qualités, bloquait certains joueurs qui vont ainsi pouvoir se libérer. J’imagine que de très bons joueurs vont arriver au PSG. On parle par exemple de Morata, cela fait pas mal de temps que j’en rêve. Comme on le dit en ce moment, le PSG est dans une période de transition mais je pense qu’il va rapidement repartir de l’avant. Je crois qu’il peut gagner dans les deux ou trois années qui viennent la Ligue des Champions. Ce ne sera peut-être la plus belle équipe qui la remportera, comme on l’a déjà vu avec le Marseille de Bernard Tapie. L’équipe de 1993 qui a gagné la Coupe d’Europe était certainement moins belle que celle des années précédentes.

Depuis le départ de Leonardo, plusieurs observateurs s’interrogent sur la capacité du PSG à régner sur le football européen sans véritable directeur sportif. Pensez-vous que le club puisse remporter la Coupe d’Europe dans cette organisation ?

Oui, je pense. Déjà, il y en a plus ou moins un. Après, que ce serait-il passé s’il y avait un vrai directeur sportif ? Ce sont les joueurs qui sont sur le terrain et qui ont la clé. Je reste d’ailleurs convaincu que le PSG peut gagner la Ligue des Champions avec Laurent Blanc. C’est un garçon qui a un palmarès exceptionnel, qui a joué dans de très grands clubs. Après, ce sont deux, trois ou quatre joueurs qui devront faire la différence dans les matchs importants à partir des quarts de finale. Malheureusement, Ibra n’y est pas parvenu pendant qu’il était à Paris.

Un mot également sur l’Olympique de Marseille, qui vit des heures très compliquées. Etes-vous inquiet ?

Oui, bien-sûr. L’OM est un club incontournable dans le football français. Ce sont des victoires, des trophées, une grande culture football. Des grands-pères, des pères et des fils sont supporters de l’OM. On ne peut pas se satisfaire de voir ce club dans le bas ou le milieu du classement. Sa place est tout en haut avec un tel potentiel, un tel stade et de tels supporters. Mais pour cela, il va falloir remettre de l’ordre dans la maison et que l’on arrête le grand n’importe quoi. Il y a tout à reconstruire mais il faut que l’OM retrouve sa place de grand club français.

C’est également important pour le PSG ?

Evidemment, le PSG a besoin de plusieurs concurrents. C’est dommage que selon les années, ce soit une fois Lille, une fois Montpellier, une fois Bordeaux et une autre fois Saint-Etienne. Il faut que des clubs s’installent définitivement dans le haut de tableau pour faire un genre de top cinq à la française.

Propos recueillis par Bérenger Tournier

Crédit Photo : Facebook

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