LE FOOTBALL AMATEUR MEURT, SAUVONS-LE…

« Le football amateur est en grand danger. Le plus gros budget de la FFF est pour l’Equipe de France. Normalement, ce sont les clubs amateurs qui devraient être les plus aidés. Mais les instances s’en foutent royalement (sic). » Le constat est sans appel, il est même inquiétant lorsque l’on connait la dimension sociale et sociétale du football amateur en France. Pour Faouzi Djedou-Benabid, recruteur professionnel et auteur sur le football, le monde professionnel et les instances n’aident pas suffisamment le football d’en bas. « La FFF ne fait rien pour aider le milieu amateur qui vit avec des subventions publiques, qui elles-mêmes, sont en grande diminution. Prenons le cas de Martigues, qui a perdu 600 000 euros de subvention en deux ans. Le club est en déliquescence, il n’y a plus de formation. » regrette l’auteur de « Pourquoi le foot français va dans le mur ? ».

DEUX MONDES QUI S’OPPOSENT…

D’autant qu’au delà des problèmes financiers que subissent de nombreux clubs amateurs, dont certains sont contraints de fusionner ou de mettre la clé sous la porte, le fossé s’est véritablement creusé avec le monde professionnel. Que ce soit sur le banc ou sur les pelouses, il est de plus en plus difficile de percer lorsque l’on vient de ce monde. Dans l’immense majorité des cas, d’anciens joueurs professionnels deviennent coachs dans le cadre de leur reconversion. Une situation qui pose forcément des questions lorsque l’on connait la compétence de plusieurs techniciens qui officient en National, en CFA, voire plus bas. « On donne des diplômes à des anciens joueurs seulement parce qu’ils ont ce statut. Sarri, l’entraîneur de Naples, a fait une dizaine de clubs amateurs avant d’être dans le monde professionnel. En France, il serait en CFA voire en National, mais pas plus haut. Denis Renaud, qui a été recruté par Niort, n’a jamais vraiment eu sa chance en professionnel. En France, on ne donne pas la chance aux joueurs amateurs. Mais si tu as un jeune qui a des qualités et qui a un potentiel, prend le et fait le travailler pour qu’il progresse. Malheureusement, on préfère prendre des mecs de 27 ou 28 ans mais qui sont beaucoup plus limités. On ne veut pas se donner les moyens, on ne veut pas travailler. » ajoute Faouzi Djedou-Benabid. Un constat partagé par Jean-Louis Tourre, journaliste et animateur à RMC. « Je suis vraiment étonné qu’il n’y ait pas plus de coachs qui viennent du monde amateur et qui amènent de nouvelles idées et de nouvelles méthodes. On ne laisse aucune chance à ces entraîneurs. »

UNE FORMATION QUI SE DÉGRADE…

Parfois félicitée mais également critiquée, la formation française est également en grande difficulté depuis quelques années. Même si quelques clubs restent de véritables bastions comme le SC Air Bel du côté de Marseille, la formation est aujourd’hui à un véritable tournant de son histoire. Pour le recruteur, c’est tout un système qui est à revoir. « Aujourd’hui, nous avons des CTR et d’autres, qui ne pratiquent plus depuis vingt ans et qui expliquent à des jeunes comment ils doivent faire. Ce n’est plus possible. Il y a 95% d’échec dans nos centres de formation, c’est un vrai problème. Il y a quelques jours, j’ai demandé à un sélectionneur pourquoi il n’avait pas pris un petit jeune très talentueux qui a brillé en Ligue 2 la saison dernière. Il m’a dit qu’il ne le connaissait pas. Comment peut-on continuer ainsi ? Les premiers responsables, ce sont les dirigeants. On devrait obliger les clubs amateurs à jouer avec au moins sept joueurs formés au club. Il faut mettre en avant la formation, encourager les clubs à bien travailler dans ce domaine. Ce n’est que de la fainéantise. »

UN GROS POTENTIEL…

Avec un constat aussi sévère, il semble difficile de voir l’avenir avec optimisme. D’autant que pour Faouzi Djedou-Benabid, « tout est politisé, les dirigeants des instances et de beaucoup de clubs font de la politique. Comment peut-on faire progresser le football dans ces conditions ? » Malgré ce constat inquiétant, le football amateur est encore bien vivant. « Il a un énorme potentiel mais il doit être aidé et beaucoup mieux organisé. » Dans tout le pays, le football joue un rôle social capital, notamment dans certains quartiers difficiles, où des milliers de bénévoles et de dirigeants se battent quotidiennement pour insuffler les valeurs du sport. Ces valeurs de respect et d’unité qui comptent tant dans l’essence de la discipline. Alors malgré les difficultés, le football amateur doit continuer à vivre, à former et à éduquer de jeunes joueurs mais surtout de jeunes hommes. « Je n’ai connu que le sport d’équipe au temps de ma jeunesse, cette sensation puissante d’espoir et de solidarité qui accompagnent les longues journées d’entraînement jusqu’au jour du match victorieux ou perdu. Vraiment, le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. » disait Albert Camus. Même chez les plus grands, le football apporte une universalité dont on ferait bien de ne pas se détourner…

Bérenger Tournier

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Une réflexion sur “LE FOOTBALL AMATEUR MEURT, SAUVONS-LE…

  1. L’apprentissage des savoir-faire se réalise au sein de « séances d’entraînements », lieu d’un pouvoir centralisé par l’éducateur sportif et d’une pédagogisation des rapports avec les joueurs. La logique qui préside à cet apprentissage est le regroupement d’une même génération de jeunes footballeurs, que l’institution cherche à rendre à la fois plus homogènes et performants au fil de leur parcours fédéral.
    Dans le haut-niveau, le pouvoir du formateur est pondéré par la précarité de son statut.
    Le métier d’entraîneur professionnel est exposé, notamment aux attaques des médias et des spectateurs
    « Entraîneur, dit l’un d’eux, est l’un des rares métiers où vous êtes en examen tous les huit jours » et structurellement, « il est plus facile à virer que 11 joueurs »
    Du côté des formateurs en football amateur, une combinaison de facteurs rend moins incertain la position de l’éducateur. Les moindres enjeux économiques, et la place plus périphérique du président de club, associés à la pénurie des éducateurs et leur statut de bénévole rendent difficile leur éviction. La plupart du temps, les insuffisances supposées de tel ou tel formateur amènent les dirigeants du club, ou les responsables techniques à lui proposer un poste de responsabilité inférieure l’année suivante.
    les instances fédérales revêtent « un rôle central » dans l’homogénéisation, et dans la rationalisation de l’apprentissage en club.
    « ce rôle est joué à travers, d’une part, la constitution d’un corps de spécialistes en charge du développement de la pédagogie footballistique (à travers la D.T.N., la Direction Technique Nationale) et, d’autre part, les entreprises de formation, de certification et de réglementation de l’activité d’éducateur sportif initiées par la Fédération »
    Autrement dit, la culture fédérale du jeu et de l’apprentissage du jeu est véhiculée dans les clubs, dans les Sections Sportives et les Pôles Espoirs par les éducateurs diplômés qui y œuvrent. Plus précisément pour ces derniers cas, les éducateurs sont contraints à un recyclage annuel, animé par le conseiller technique spécialisé du Football en Milieu Scolaire (F.M.S.) au niveau régional, tandis que les programmations annuelles des Pôles Espoirs sont redéfinies tous les ans par la D.T.N, lors des réunions des directeurs de pôles.
    L’analyse des pratiques de haut-niveau, spécialement des compétitions internationales,
    sont au centre des décisions.
    La formation française actuelle, professionnelle et amateur, est issue d’un long processus de réforme datant des années 1970. Il s’agissait de rationaliser la formation au métier de footballeur et d’accroître le niveau du football français marqué par des échecs internationaux récents (absence aux coupes du monde de 1970 et 1974, et au championnat d’Europe de 1972)
    La création des Centres de Formation au football professionnel est native de cette volonté. L’expérience a montré aux dirigeants techniques de la fédération française que « lorsque vous menez des réformes, il faut attendre 5 à 6 ans pour commencer à en sentir les bénéfices »
    La démarche a ainsi porté ses fruits dans les années 1980 et 1990où le football français a connu son âge d’or : champions olympiques en 1984, champions du Monde en 1998, champions d’Europe en 1984 et 2000, champions d’Europe Espoir en 1988, champions d’Europe des 18 ans en 1983, 1996, 1997 et 2000.
    L’analyse rigoureuse de l’histoire contemporaine du football français permet de modérer un tel constat, et de souligner l’efficacité au niveau international des formations professionnelles et amateurs. Du côté du championnat français, les statuts juridiques des clubs sont moins favorables à l’apport de capitaux que les autres clubs étrangers, ce qui ne leur permet pas de retenir financièrement les meilleurs joueurs issus de la formation française, voire d’attirer les joueurs étrangers les plus performants.
    Aujourd’hui, il n’existe que très peu de formations visant explicitement à fournir les championnats amateurs. A l’inverse un ensemble organisé de structures accueillent des jeunes joueurs dans l’optique explicite de les faire accéder à l’élite.
    A l’inverse, l’objectif de former des joueurs au niveau amateur n’est quasiment jamais formulé. La formation au football amateur est envisageable en relation avec les pratiques de haut-niveau, selon trois niveaux. Les structures fédérales amateurs peuvent être caractérisées comme des « déversoirs » du football d’élite, des « propédeutiques » ou au contraire comme étant « affranchies » de celui-ci.

    Au fil du temps, les savoir-faire issus du haut-niveau se diffusent vers les pratiques moins expertes, mais aussi en direction des catégories de jeunes. Le football fédéral a subi des évolutions successives pour que ces formes d’incertitudes soient minimisées. Les savoir-faire définissant la manière de jouer actuelle, s’appuient sur une « expertise » historiquement développée par joueurs et éducateurs. Ces évolutions rendent compte d’une « opposition perpétuelle d’un jeu offensif à un jeu défensif et au rééquilibrage permanent qui s’effectue dès qu’un domaine prend l’avantage sur l’autre. »
    Le jeu fédéral repose sur une culture rationnelle axée sur le « respect d’une organisation collective »
    dans laquelle chaque joueur a un rôle spécifique, et un jeu fondé sur la passe, « outil essentiel du football moderne »
    Son utilisation individuelle et son utilité collective
    constituent le fondement du football fédéral. Elle est considérée comme permettant de progresser le plus rapidement vers la cible adverse, tout en maintenant la stabilité de la structure collective. Le principe sous-jacent est : les passes permettent au ballon d’aller plus vite que le joueur.
    Le goût intense des joueurs amateurs interrogés pour ce sport les amène à se projeter dans ce qui constitue pour eux l’expérience ultime du footballeur : le match de haut-niveau.
    Tout ceci pour argumenter sur le fait que le débat ne se positionne pas sur la simple dualité entre football amateur et football professionnel mais bien en la remise en question d’un panorama sociétal déficient…

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