Ghislain PRINTANT : « Ce que fait Simeone est extraordinaire… »

Six mois après son départ du SC Bastia, la douleur est intacte chez Ghislain Printant. Malgré cet échec, celui qui a voué sa vie à l’amour du terrain et du football a beaucoup travaillé pour rebondir. De son autocritique à une réflexion profonde sur le jeu, l’ancien formateur de la Paillade n’a rien laissé au hasard. En plein cœur de l’Euro 2016, compétition qu’il suit avec passion et assiduité, Ghislain Printant s’est livré sur sa vision du jeu, sa philosophie du football ou encore sa profonde admiration pour un entraîneur qui fait maintenant partie des plus grands : Diego Simeone…

 

Ghislain Printant, tout d’abord, comment allez-vous depuis votre départ du SC Bastia ?

Je vais bien, je suis un spectateur assidu de l’Euro. Pour la première fois depuis 27 ans, je ne pense pas faire de reprise donc j’occupe mon temps avec cette compétition. Je regarde et j’observe tous ces matchs avec beaucoup de passion.

Vous nous confirmez donc que vous ne serez pas sur un banc à la reprise ?

A l’heure actuelle, ce n’est pas d’actualité. Les dernières pistes sont tombées à l’eau.

Vous avez longtemps été dans le milieu amateur et votre frère est président du District de l’Hérault. Avez-vous déjà songé à vous rapprocher des instances et faire ce lien entre le monde professionnel et amateur ?

Dans la vie, il ne faut jamais dire jamais, mais à l’heure actuelle, je ne me vois pas dans ce registre. J’aime trop la compétition et le terrain pour envisager cela.

Le terrain vous manque-t-il justement ?

Énormément…

Comment ressentez-vous ce manque ?

On ressent une grande frustration de ne pas pouvoir appliquer sur le terrain les idées que l’on a. C’est dur car il y a un manque énorme. Je pense même qu’il sera encore plus important quand l’Euro sera terminé et que j’irai voir des matchs amicaux.

Avec du recul, votre vision du football et votre philosophie de jeu ont-elles changées ?

Changer ? Non. Disons que l’on prend le temps d’analyser les choses et de les comparer aux idées que l’on a du football. J’essaye de regarder ce qu’il se fait au plus haut niveau sur la philosophie et les principes de jeu. C’est intéressant d’avoir cette réflexion pour conforter sa philosophie ou bien lui apporter une évolution.

Si vous deviez définir votre philosophie de jeu, que serait-elle ?

J’aime que mon équipe soit compacte, qu’elle défende en avançant et en pressant l’adversaire. C’est ce qui permet de récupérer le ballon assez haut et donc de se projeter rapidement vers l’avant. J’ai particulièrement aimé le rôle des deux attaquants italiens face à l’Espagne. Grâce à leur pressing, ils ont empêché les sorties de balles espagnoles et cela s’est fortement ressenti dans le jeu. Les joueurs de couloir ont également beaucoup apporté en allant chercher très haut l’adversaire.

Dans un entretien accordé à So Foot, le nouvel entraîneur du Paris Saint Germain, Unai Emery, a déclaré : « Tu peux défendre pour ne pas encaisser de buts, et tu peux défendre pour attaquer… » Qu’en pensez-vous ?

Les deux philosophies peuvent se rejoindre mais elles dépendent de plusieurs facteurs. Le bloc défensif est-il placé haut ou bas sur le terrain ? La défense centrale craint-elle la vitesse et la profondeur ? Les joueurs offensifs que l’on a dans l’équipe aiment-ils jouer dans l’espace ? Il faut prendre en compte plusieurs paramètres. D’autant qu’au-delà du dispositif de son équipe, c’est surtout l’animation qui est importante. C’est elle qui va faire en sorte d’avoir la volonté de récupérer le ballon plus haut ou plus bas, selon les joueurs que l’on a dans son onze.

Même s’il a été parfois critiqué, Marcelo Bielsa a totalement métamorphosé le visage de l’Olympique de Marseille. Qu’avez-vous pensé de son travail ?

Il a montré une énorme qualité de management. Avec lui, les joueurs se sont surpassés et sont allés au bout d’eux-mêmes. Grâce au pressing, à l’intensité et au don de soi, il a fait un travail collectif énorme qui a marqué les joueurs, le club et tous les observateurs. Après, on a également vu que lorsque l’équipe lâchait un petit peu, cela devenait plus compliqué. Mais il n’y a qu’à regarder les commentaires des joueurs pour voir que ce qu’il a apporté est très fort. Après, l’entraîneur qui m’attire le plus à l’heure actuelle, c’est Diego Simeone. Même si je n’aime pas forcément son style de jeu, je suis impressionné par ce qu’il arrive à faire avec ses joueurs. Grâce à son travail, ils arrivent à courir ensemble et ont une pensée commune dans tous les déplacements. On s’aperçoit qu’ils ne sont pas toujours identiques mais que tous les joueurs s’adaptent à ce que fait le partenaire. Tous ces déplacements sont synchronisés et harmonieux. Ce qu’il fait est extraordinaire. L’Atetico de Madrid est l’une des équipes qui m’a le plus marquée ces derniers mois.

On sait que le travail de l’entraîneur est multiple. Pour vous, le management est-il plus important que le travail tactique ?

Les deux domaines le sont. Le management humain est capital pour faire passer son message et amener ses joueurs à un niveau qu’ils ne pensaient pas pouvoir atteindre. Mais tout cela passe par une réflexion et un travail tactique qui doit amener beaucoup de confiance entre des joueurs et leur entraîneur. Mais pour obtenir une telle adhésion, il faut avoir des résultats.

Est-ce frustrant d’avoir des joueurs qui ne répondent pas forcément aux profils qui correspondent à sa philosophie de jeu ?

Oui, bien sûr. Vous n’avez pas toujours la possibilité d’avoir les profils que vous souhaitez. Mais il faut justement avoir l’adhésion du groupe autour d’un projet et les résultats pour que tous les joueurs puissent y adhérer. Encore une fois, ce n’est pas une question de système mais d’animation. Ce qui est important, c’est ce que les joueurs vont faire sur le terrain, s’ils vont courir ensemble, s’ils vont avoir des déplacements communs avec ou sans ballon. Si vous n’êtes pas ensemble et qu’il n’existe pas de véritables relations dans les enchaînements et les déplacements, vous aurez des difficultés.

Lorsqu’un entraîneur se retrouve sans club, comme c’est votre cas aujourd’hui, doit-il rester fidèle à ses principes et à son fonctionnement ?

Il faut rester soi-même mais être capable de s’améliorer dans certains domaines. L’entraîneur doit avoir cette réflexion et cette analyse mais sans vouloir ressembler à quelqu’un. Mais c’est évident que l’on doit s’inspirer de certaines choses que l’on voit et qui vont nous enrichir. Comme dans la vie, un entraîneur se cultive et apprend à tout âge. Il faut conserver son identité et sa personnalité tout en peaufinant les défauts que l’on peut avoir. Par exemple au niveau de l’image, qui a pris une place très importante à notre époque.

Avez-vous remarqué des évolutions au niveau du jeu lors de cet Euro 2016 ?

Oui. J’ai la sensation que les coachs ont tendance à revenir à un système à deux attaquants ou tout du moins avec deux joueurs offensifs comme on peut le voir avec Griezmann qui tourne autour de Giroud ou encore en Italie avec Eder et Pellè. Les Portuguais ont également essayé avec Nani et Ronaldo. Tout dépend de la caractéristique de chaque joueur mais j’ai remarqué cette petite évolution.

Enfin, que pensez-vous du début de compétition des Bleus de Didier Deschamps ?

Déjà, je les vois avec le cœur bleu ! On ne peut pas dire que l’on a été tranquille lors de ce début d’Euro, on a beaucoup souffert même si le plus important est acquis avec la qualification. On pensait que l’on aurait des difficultés sur notre assise défensive mais on a finalement été rassuré dans ce domaine. J’espère que l’on va continuer sur cette voie et que l’on prendra ces Islandais au sérieux. En espérant que l’on puisse bien commencer la rencontre et que l’on mette rapidement la pression sur notre adversaire. Pour le moment, le travail est bien fait et nous permet d’entretenir l’espoir.

Bérenger Tournier

 

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