Pascal PERRI : « Trouver une vraie identité économique et sportive au National… »

Pascal Perri est incontestablement l’un des meilleurs spécialistes de l’économie du sport. Consultant économique à RMC Sport et membre de la conférence sur le sport français en 2015-2016, la Grande Gueule de RMC a un avis très tranché sur le national. Un championnat tiraillé entre deux mondes diamétralement opposés et qui se trouve à un tournant de son histoire. L’auteur de « Ne tirez pas sur le foot » a accepté de répondre à nos questions sur le troisième échelon français. Entretien…

 

Pascal Perri, quelle est la situation économique actuelle du National et de ses clubs ?

Il est à ce stade sans modèle économique durable. Au cours des deux dernières saisons, les clubs rétrogradés sur le terrain sportif ont été maintenus sur tapis vert en raison des défaillances financières de clubs placés en liquidation judiciaire. Je pense à Epinal, dernier du National 2014-2015 et qui a été sauvé deux saisons de suite. Cette fois, c’est la rétrogradation d’Evian TG et la liquidation de Colmar qui donnent une nouvelle chance aux Spinaliens. Deux sauvetages de suite, c’est tout de même singulier. Cette saison, la situation du National est toujours tendue. Sedan a sauvé sa peau au prix d’engagements importants de ses actionnaires. Dans cette division, on trouve des clubs fragiles, d’autres ayant longtemps fréquenté les championnats professionnels. La vraie novation, c’est l’arrivée du National à la télévision. Canal + a acquis les droits de retransmission de certaines rencontres. C’est une première très belle exposition. A court terme, elle ne changera pas la situation financière des clubs mais c’est une très bonne nouvelle qu’une chaîne comme Canal + manifeste son intérêt pour ce championnat passionnant. C’est un premier pas. Il faut maintenant travailler à trouver une vraie identité économique et sportive au National.

Sur quels points doivent progresser les clubs pour devenir plus attractifs ?

Regardons ce qu’il se fait autour de nous. En Allemagne ou en Angleterre, la troisième division est clairement professionnelle. C’est un échelon essentiel qui est la base du haut niveau. Il ne faudrait pas concevoir le National comme un aboutissement du football amateur mais comme la première marche du monde professionnel. Nous avons une Ligue 2 qui est finalement très riche en droits TV et un National qui est livré à lui même avec des contraintes opérationnelles proches de l’échelon supérieur sans les ressources qui vont avec. Pourtant, sur le plan sportif, l’écart est faible entre les deux divisions. L’exposition médiatique devrait attirer du monde dans les stades. Ces nouveaux publics devront être accueillis et bien accueillis, dans des conditions de confort acceptables et sur la base de stratégies tarifaires adéquates. Il faut aussi stabiliser cette division en limitant le nombre de descentes. On ne convaincra personne d’investir si le risque de relégation sportive est trop important. Prenons exemple sur la quatrième division professionnelle anglaise : les clubs disposent de bonnes infrastructures, adaptées à leurs besoins (des stades de 5000 à 6000 places), ils jouent sur des politiques d’abonnement incitatives et ont appris à fidéliser leur public. N’ayons aucun complexe, le niveau sportif du National vaut largement les matchs que j’ai vus en League One et League 2 anglaise et en troisième division allemande.

La réforme des championnats aura-t-elle une incidence sur l’attractivité du National ?

Oui, sans doute, le système des play-off est très efficace. Il limite le risque d’accident industriel. Il faut compliquer l’accès aux échelons supérieurs. J’ai toujours défendu le principe de ligues semi-ouvertes. Il y a un raisonnement économique derrière cette conviction. Soit on fait du National un espace de transit temporaire, soit on en fait une pépinière et un modèle durable et compétitif. Pour y parvenir, il faut encourager les investisseurs à s’intéresser au National, y compris à l’échelon collectif, sous la forme de Naming. Un investisseur a besoin de visibilité et de sécurité. On ne peut pas lui vendre une aventure hasardeuse, sans lendemain. Observez comment le RC Strasbourg a été sauvé et restructuré pour se préparer au retour en Ligue 2. Il a été géré comme une entreprise avec un projet de long terme. Strasbourg s’adosse à une histoire glorieuse. C’est une marque du football français mais on peut bâtir des parcours d’excellence sans s’appeler Strasbourg.

La FFF soutient-elle suffisamment le championnat et ses clubs ?

La Fédération n’est pas chargée de gérer les championnats professionnels. Il y a un malentendu complet autour du National. Ce championnat ne peut pas être l’objet de toutes les attentions de la Fédération pour des raisons statutaires. Le simple fait d’être rattaché à la FFF induit un statut hybride pour ce championnat. J’ai attiré l’attention des membres de la commission compétitivité du sport français à laquelle j’ai participé en 2015 et 2016, sous l’autorité du ministre Braillard, sur le sort de ces championnats hybrides. A ce sujet, j’ai partagé une partie de mes travaux avec les membres de cette commission dont Frédéric de Saint Sernin, Martial Bellon (Strasbourg Basket) et Eric de Cromières (ASM Rugby). J’ai commencé à mettre en œuvre ces recettes chez mes amis de Chambly, septième du National l’an dernier, avec déjà des effets évidents sur les abonnements. Je suis prêt à fournir des outils de bonne gestion de la billetterie au service des clubs du National. Je vais prendre contact avec Noël Le Graët. Nous verrons quel est son intérêt.

Si vous étiez investisseur, iriez-vous vers un club de National ?

Le football français est le seul où le ticket d’entrée est encore accessible, que ce soit en Ligue 1 comme dans les deux divisions suivantes. Oui, je pourrais investir dans un club du National si j’étais investisseur et fortuné, ce qui n’est pas le cas. Rappelez-vous de Chelsea en troisième division anglaise, de Leicester venu des divisions inférieures. En France, nous avons désormais suffisamment de recul pour expliquer la chute de Sedan, du Mans, ou de Grenoble, etc. De mauvais dirigeants, mégalos, qui se sont vus trop beaux trop vite, des investissements démesurés. Il est possible aujourd’hui de monter un club du National dans un projet d’entreprise de spectacle sur le long terme. Il faut évidemment une zone de chalandise, un travail de construction de marque locale ou régionale, une gestion saine, de bons outils de production comme un stade adapté, une école de jeunes et de la chance…

A l’heure actuelle, le National est-il plus proche du football amateur ou professionnel ?

Les joueurs sont professionnels dans tous les sens du terme, ils ont en général une bonne formation, les contraintes sont celles du professionnalisme mais les recettes sont plus proches du monde amateur. Je mets en garde contre le tarissement des recettes des collectivités locales. Elles vont réduire les subventions aux clubs de football y compris du National. Il faudra substituer ces recettes perdues par d’autres. Pour répondre à la question, nous sommes à un carrefour. L’avenir du National se jouera rapidement et c’est la base du football de haut niveau qui est en jeu.

Propos recueillis par Bérenger Tournier

Crédit Photo : RMC

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Une réflexion sur “Pascal PERRI : « Trouver une vraie identité économique et sportive au National… »

  1. tres judicieuse interview….. interessants sont les propos , depuis quelques temps je suis les rencontres de ce journaliste qui ne manque pas de perspicacité….. c est bien continuez… christian..

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