Cédric Carrasso, l’homme qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas…

Dans le monde très fermé du football professionnel, rares sont les joueurs qui osent prendre la parole pour dénoncer ou même raconter ce qu’ils vivent. Cédric Carrasso fait partie de l’autre caste, celle qui ose parler, quitte à rompre le secret d’un monde caché. Dans une excellente interview accordée à So Foot, le gardien des Girondins de Bordeaux s’est confié sur le manque de travail et de rigueur du footballeur français, comme ont déjà pu le faire de nombreux joueurs ou entraîneurs partis à l’étranger. Suffisant pour faire changer les mentalités ? Pas si sûr…

 

Il est bien loin le temps où le football français était un modèle pour nos voisins. Ce temps où le Championnat de France attirait les meilleurs joueurs et offrait une vraie qualité de jeu. Si le Paris Saint Germain est aujourd’hui le seul club français à pouvoir rêver d’une victoire finale en Coupe d’Europe, tous les autres se heurtent depuis des années à l’incapacité tricolore à briller sur la scène européenne. En témoigne la défaite du LOSC il y a quelques jours face au FC Qabala, troisième du dernier championnat d’Azerbaïdjan. Un club fondé en 2005 et qui évolue à domicile dans un stade de 2000 places, c’est dire… S’il ne faut évidemment pas tout jeter et reconnaître lorsque le football français se porte bien, à l’image de la performance de la sélection nationale à l’Euro, plusieurs acteurs du football professionnel se sont exprimés sur les difficultés françaises à travailler, et donc à briller. Qu’ils s’appellent Carlo Ancelotti, Dimitri Payet ou encore Joey Barton, tous ont reconnu que le sérieux et la rigueur étaient bien plus ancrés à l’étranger. Les performances de l’ancien milieu de terrain de l’OM, aujourd’hui en Angleterre, confortent ce que bon nombre d’observateurs regrettent depuis des années. Si ces trois anciens de la Ligue 1 se sont exprimés après leur départ de France, ce que certains esprits mal placés ont pu assimiler à un sentiment de revanche, la critique du système vient cette fois-ci de l’intérieur. Dans les colonnes de So Foot, Cédric Carrasso a livré un constat sévère mais loin d’être surprenant sur la mentalité du footballeur d’aujourd’hui. Sur l’investissement dans le travail, le portier des Girondins de Bordeaux explique très clairement le fossé qui s’est creusé ces dernières années. « Avant, ce que je faisais aujourd’hui, comme le cardio, ou le renforcement musculaire, tout le monde le faisait. Aujourd’hui, en règle générale, c’est vrai que la nouvelle génération se contente de venir à l’heure et de repartir une fois l’entraînement fini. […] Quand c’est répétitif, que t’arrives en dormant à moitié, que tu fais le strict nécessaire et que tu repars de l’entraînement, ces joueurs-là resteront malheureusement dans la moyenne. » Joey Barton, à son départ de Marseille, avait tenu des propos de cette teneur. Fabrice Olszewski, alors traducteur de Marcelo Bielsa à l’OM, avait également reconnu que l’entraîneur argentin avait dû effectuer un important travail auprès de Dimitri Payet afin qu’il comprenne l’importance de la rigueur dans le monde professionnel. « Bielsa lui a fait changer de point de vue sur sa propre carrière. Il ne lui a pas laissé 
le choix : « soit tu travailles, soit tu ne joues
 pas. » Je 
me souviens d’un match en sélection où il fait un repli défensif de 50 mètres dès les deux premières minutes. » Un travail de longue haleine qui s’est avéré être très utile lorsque l’on voit le développement et les progrès du joueur formé au FC Nantes, dont les qualités étaient indiscutables mais malheureusement gâchées par une terrible inconstance. Encore une fois, Cédric Carrasso abonde dans ce sens et reconnaît la difficulté du football français à mettre au travail ses jeunes (et moins jeunes) joueurs. « C’est vrai qu’en France, on s’est trop habitué au minimum, c’est-à-dire à l’obligation. […] Notre sport a évolué, les mentalités un peu moins. […] Après, est-ce qu’on n’est pas assez en France à le faire ? Peut-être. Peut-être qu’en Angleterre, tout le groupe le fait, au PSG aussi peut-être. Quand tu vois tout le groupe le faire, t’es bien obligé de le faire aussi, je sais pas… Tu ne peux pas forcer quelqu’un à faire plus que le minimum, l’obligatoire, s’il n’en a pas spontanément envie. » A la critique du système se mêle forcément un sentiment d’impuissance. Est-il réellement possible de changer le comportement d’un jeune de 20 ans adulé et déjà élevé au rang de star ? C’est en amont, lors de leur formation, que les jeunes footballeurs doivent être habitués au travail et à la rigueur. Deux valeurs qui sont essentielles dans la vie du sportif mais qui le seront aussi dans sa vie d’homme une fois sorti du cadre du sport. Nos voisins ont parfaitement assimilé cette problématique et s’évertuent depuis des années à amener ces notions capitales dans leur travail de formation. « On perd énormément de talents à cause de ça. Hatem Ben Arfa, je l’ai côtoyé un peu en Equipe de France. S’il a été aussi bon à Nice, c’est qu’il en a fait plus d’habitude. Je suis sûr que si on lui pose la question, il dira que oui. Il n’y a pas de secrets dans le foot. Si je n’avais fait que « l’obligatoire » , je n’aurais pas connu tous les grands joueurs avec qui j’ai eu la chance d’aller jouer, je n’aurais pas joué autant de compétitions, pratiquement toutes les compétitions possibles, je n’aurais pas eu la carrière que j’ai eue. Déjà, de base, je n’avais pas la compétence que certains pouvaient avoir, donc j’ai dû passer par le travail. Et j’essaie de tenir le plus longtemps possible. Mais ça doit venir de chacun. La nouvelle génération est difficile. Certains ne s’en rendent pas compte. C’est dommage. Ou ils s’en rendront compte trop tard. Je connais aucun grand joueur qui n’a pas bossé. » Même si le discours de Cédric Carrasso est inquiétant, il est nécessaire et vital si l’on veut redresser le football tricolore. Certains clubs comme le Paris Saint Germain, l’Olympique Lyonnais ou encore le Toulouse FC ont d’ailleurs pris conscience de ces problématiques et ont organisé une profonde restructuration de leur formation. Si les premiers signes de ces évolutions commencent à être visibles, le football français en général et notamment la DTN doivent absolument prendre conscience de ces enjeux. C’est une corporation entière qui doit se remettre en question et s’inspirer de ce que font nos voisins, tant dans les groupes professionnels que dans les centres de formation. Pour que le football français retrouve le statut qui devrait être le sien. Le jeu en vaut la chandelle…

Bérenger Tournier

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