Unai, tu ne sais pas où tu as mis les pieds…

En arrivant au Paris Saint Germain, dont l’ambition est désormais européenne, Unai Emery savait que le moindre faux-pas de son équipe serait forcément commenté et analysé. Une exigence somme toute normale lorsque l’on vise la victoire finale en Ligue des Champions. Mais en arrivant à Paris, l’ancien entraîneur de Séville ne se doutait peut-être pas qu’il serait confronté dès la troisième journée à un flot de critiques et d’attaques orchestrées par le traditionnel corporatisme français. Bielsa et Ancelotti sont partis, le poujadisme franchouillard a enfin trouvé une nouvelle cible…

Quelques minutes après le coup de sifflet final de la troisième journée, c’est le temps qu’il a fallu pour que le déferlement à l’encontre d’Unai Emery se mette en place. Menée de main de maître par un Paul Le Guen en très grande forme, la campagne de bashing s’est ensuite propagée comme une traînée de poudre grâce (à cause) aux réseaux sociaux et à certains sites spécialisés. Dès la pause, l’ancien sélectionneur d’Oman, faut-il le rappeler, s’est fendu d’une première attaque contre Unai Emery en faisant référence au « classeur » du technicien espagnol. Une première pique que le grand public n’a pas eu l’occasion d’entendre lorsqu’il s’agit de Christophe Galtier ou d’autres entraîneurs français, qui travaillent également avec ce type de matériel pendant les matchs. Faut-il y voir un premier signe de corporatisme ? A chacun de se faire son idée. Si le doute était tout de même permis et que l’on pouvait voir dans ce commentaire une pointe d’ironie et d’humour dans le discours de Paul Le Guen, comme quoi tout peut arriver, la suite n’allait malheureusement que confirmer ce qui était redouté. « Ben Arfa ? On ne peut pas imaginer qu’il n’est pas en forme physique. Lors du Trophée des champions, il a été excellent. Ce n’est pas possible qu’il soit passé de bon à nul. Il faut se demander pourquoi Emery ne l’a pas fait jouer. Si cela avait été fait par un entraîneur français, il aurait eu quelques reproches. C’est une attaque directe. J’ai trouvé l’entrée d’Hatem tardive. Je suis choqué d’entendre qu’Emery travaille plus, que ce sera formidable avec lui. Je suis agacé d’entendre qu’il est meilleur que son prédécesseur, on verra » déclarait Paul Le Guen à l’issue de ce match au micro de Canal +, comme l’ont souligné nos confrères de Canal Supporters. Avec de telles propos au soir de la troisième journée, comment ne pas penser aux attaques qu’ont dû subir auparavant des entraîneurs comme Marcelo Bielsa ou encore Carlo Ancelotti ? Même Leonardo Jardim, pourtant encensé hier soir, s’est retrouvé au cœur de sévères critiques à son arrivée à l’AS Monaco. S’il n’est évidemment pas question de masquer les erreurs et défaillances de la part de ces entraîneurs étrangers, il est insupportable d’entendre toujours la même force et la même puissance dans ces attaques, presque toutes guidées par des rancœurs personnelles. Il est tout à fait normal d’émettre des doutes et mêmes des critiques après la défaite d’hier. Unai Emery, en conférence de presse, a été le premier à assumer la responsabilité de ce revers en reconnaissant avoir « perdu le défi de la deuxième mi-temps » ou encore en estimant devoir « apprendre de cette défaite ». Mais certains observateurs au pouvoir médiatique ont oublié qu’il était possible d’analyser et même de critiquer en étant respectueux et en se positionnant avec de réels arguments technico-tactiques. Paul Le Guen, dont la réflexion partisane pose question dans le contexte journalistique qui est le sien lorsqu’il commente, se serait certainement montré beaucoup moins sévère avec un entraîneur français. D’autant qu’Unai Emery accumule les fautes, en plus d’être étranger, il a remplacé un coach français. Un entraîneur dont les amis au sein de la sphère footballistique mais également médiatique n’ont pas fini de crier à l’incompétence pour le technicien espagnol, revendiquant inlassablement tous les titres remportés par le « Cévenol ». Il est vrai qu’avec trois trophées consécutifs en Europa League, un jeu flamboyant dans l’un des meilleurs championnats au monde et des louanges décernées par les plus grands, Unai Emery part avec un temps de retard sur son prédécesseur. Le patriotisme du football français, car il ne s’agit ni plus ni moins que d’un nationalisme sportif de bas étage, a repris ses droits dimanche soir. Comme Bielsa et Ancelotti, le nouvel entraîneur du PSG a découvert cette tradition bien française à ses dépens. Désolé Unai, on aurait dû te prévenir…

Bérenger Tournier

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