Jérôme ALONZO : « Rio ? Une expérience étonnante, pleine de paradoxes… »

Il y a des événements qui peuvent marquer durablement une carrière, une vie. Pendant près de deux semaines, Jérôme Alonzo a commenté les Jeux Olympiques pour France Télévisions. Sur place, à Rio, au cœur d’une ville où les contrastes sont saisissants, l’ancien gardien du Paris Saint Germain s’est imprégné d’une culture et d’un univers qui lui étaient auparavant totalement inconnus. De ses impressions à ses coups de cœur en passant par ses déceptions, il a accepté de revenir en toute sincérité sur cette formidable aventure humaine et sportive. Fermez les yeux, le soleil brille sur Copacabana. A moins que…

 

Jérôme Alonzo, que retenez-vous de cette aventure à Rio pour les Jeux Olympiques ?

C’était une expérience étonnante, pleine de paradoxes. Il y a une telle différence entre ce que l’on attend de ce pays et la réalité. Quand on parle du Brésil, tu as les yeux qui brillent, même si la situation actuelle est difficile. Dans l’imaginaire, le Brésil, ce sont les nanas, la plage, la samba, etc. Moi qui voyage assez peu et qui suis assez casanier, c’est bien car cette expérience m’a permis de voir que certains endroits dans le monde ne sont pas du tout comme on pouvait les imaginer.

Si vous deviez tirer un bilan de l’organisation des JO, que serait-il ?

De l’extérieur, quand on regarde les Jeux Olympiques à la télévision, je ne pense pas que l’on puisse reprocher grand chose au Brésil. Il faut donc avoir deux lectures. Parce que de l’intérieur, c’était beaucoup plus compliqué. L’acheminement des journalistes et consultants était catastrophique. Nous n’avions également aucune information lorsqu’il s’agissait d’aller d’un endroit à un autre, car il faut savoir que le Brésilien ne parle que portugais brésilien (rires) ! Pour ceux qui sont venus pour bosser, c’était vraiment très difficile. Pour l’anecdote, le Club France était situé juste à côté du lieu de compétition pour l’aviron. A côté, la Seine, c’était l’eau des Maldives. Pour aller au village olympique depuis l’hôtel, je préférais y aller à pied tellement les navettes, enfin je veux dire les bus de 1950, étaient infernales. De mon hôtel, j’avais une petite demi-heure de marche. J’étais obligé de mettre une écharpe sur le nez, et pourtant je ne suis pas sensible. A certains endroits, l’odeur était absolument insupportable, des égouts à ciel ouvert. Mais attention, j’ai également vécu des moments géniaux. Je raconte ce que j’ai vécu avec beaucoup d’humanité mais je ne vais pas mentir et dire que je suis allé à la plage toute la journée dans un endroit paradisiaque. Après la Coupe du Monde en 2014, peut-être que l’on s’est dit que le pays serait en place. Plusieurs personnes m’ont dit qu’elles avaient préféré la Coupe du Monde. Mais c’est normal, le Brésil est un pays de football. Pour la plus grande compétition de football, le pays s’est mis au diapason. Pour les Jeux Olympiques et des compétitions d’aviron, c’est beaucoup plus compliqué. L’essence même des JO, je ne suis pas certain que les Brésiliens l’aient bien comprise. Après, quand il y avait des Brésiliens, c’était le feu.

Revenons un peu au sportif. Qu’avez-vous pensé de l’épisode Lavillenie ?

La vraie question, je pense que c’est : Renaud avait-il le choix ? Et la réponse est simple, non, il n’avait pas le choix. Tu ne vas pas boycotter ton cinquième saut parce que tu te fais siffler. Dans le monde des bisounours, c’est injuste. Dans la réalité de l’arène et du combat, tu fermes ta gueule et tu y vas (sic). Et je ne dis pas ça particulièrement pour Renaud, mais dans un cadre général. Dans le même esprit, j’étais à France / Brésil au volley. J’ai vu des décisions arbitrales incroyables, peut-être que la France s’est faite voler mais tu ne peux rien dire, c’est comme ça. Deux jours après, j’étais au Maracana avec la voiture de France Télévisions. Les gens tapaient sur les vitres en criant « Thiago, Thiago » (ndlr : médaillé d’or à Rio devant Renaud Lavillenie). Encore une semaine après, les mecs nous chambraient et mimaient un homme qui pleurait. Les Brésiliens étaient très durs, presque violents.

En disant que le public brésilien était « un public de merde », Renaud a-t-il fait une erreur ?

Renaud a eu ces propos dix minutes après la fin de l’épreuve. Nous avons tous pu dire des saucisses (sic) sur le coup de la déception. Et puis on ne parle pas d’un sportif qui va jouer toutes les semaines. Renaud a deux grosses échéances par an, c’est dire si la déception devait être énorme à ce moment-là. Il s’en est expliqué après, je peux tout à fait comprendre sa réaction sur le coup. D’un certain côté, on pourrait presque dire que le public était raciste tant il était extrême. J’ai ressenti ça à plusieurs reprises à travers des regards, des attitudes, des mots. Ce n’était pas au quotidien mais j’ai senti à plusieurs endroits que l’on n’était pas les bienvenus.

Avec du recul, regrettez-vous cette aventure à Rio ?

Pas du tout ! J’ai des potes brésiliens qui m’ont dit que ça allait se passer de cette manière, c’est exactement ce qu’il s’est passé. Comment je pourrais regretter une telle expérience ? J’ai vécu des moments extraordinaires, fantastiques. Ce France / Brésil au volley, c’est l’un des plus beaux moments de sport de ma vie. Vivre un match dans le Maracanãzinho, c’est hallucinant. En voyant ça, tu oublies Bercy, c’est juste la salle la plus chaude du monde. Laurent Tillie, qui habite tout près de chez moi, m’avait dit d’aller voir un match là-bas, même si c’était à deux heures de voiture. Jamais je n’oublierai ce moment de ma vie, c’était grandiose.

En fait, si l’on vous comprend bien, c’était les Jeux Olympiques des extrêmes…

Oui, c’est un peu ça. Je n’ai jamais rien vécu de tiède. C’est simple, c’était soit mort, soit bouillant. J’ai commenté des matchs de football où il n’y avait pas le Brésil. Dans des stades de 60 000 places, il y avait 1500 spectateurs. Il n’y a que le France / Allemagne en demi-finale du handball qui était vraiment super. L’ambiance était magnifique parce que les Français ont fait beaucoup de bruit. D’ailleurs, il faut féliciter la colonie française qui a suivi les parcours des Bleus. Par contre, et je tiens à le souligner, je ne veux surtout pas que l’on croit que je ne fais que critiquer le Brésil. La seule chose que je demande, c’est de sortir de la carte postale.

Pour terminer, vous souhaitez revenir sur la couverture de l’événement par France Télévisions…

Oui, exactement. France Télévisions s’est fait assez taper dessus pour que l’on puisse féliciter tout le monde avec le travail formidable qui a été fait. C’est une deuxième famille pour moi. Je connais toutes les moqueries que l’on a dû subir. Sur cet événement là, du mec qui a amené les cafés au directeur des sports, tout le monde a été parfait.

Propos recueillis par Bérenger Tournier

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