Pierre Bouby, l’homme qui tweetait plus vite que son ombre…

A 32 ans, Pierre Bouby est sûrement le joueur de Ligue 2 le plus connu en France, tout du moins sur la twittosphère. Ce ne sont pourtant pas pour ses buts que le milieu de l’US Orléans s’est fait connaître, mais bel et bien pour un humour corrosif qui plait au plus grand nombre. Un second degré qui lui a permis d’intégrer il y a quelques semaines l’équipe des « Grosses têtes » de Laurent Ruquier. Dans ce monde très stéréotypé du football où la communication est toujours maîtrisée voire muselée, Pierre Bouby fait figure d’ovni. Entretien avec un joueur pas comme les autres, le seul à se faire passer pour François Hollande en s’adressant à Rihanna…

 

Pierre, à 32 ans, tu as une solide carrière professionnelle derrière toi. Quel regard as-tu sur ton parcours ?

Je n’ai qu’un seul regret, c’est de n’avoir jamais touché à la Ligue 1. Après, par rapport aux espérances que j’avais quand j’étais jeune et le fait que je me suis retrouvé à un moment donné à deux doigts d’arrêter le football, je suis forcément satisfait. Même si quand on est compétiteur, on n’est jamais vraiment rassasié.

Tu peux malgré tout vivre de ta passion depuis déjà de nombreuses années…

Oui, ce n’est pas donné à tout le monde, il faut savoir en profiter et l’apprécier. J’ai vu dans une émission que 83% des gens n’aimaient pas leur travail, je fais partie des 17% restants. Il faut avoir conscience de cette chance.

Avec du recul, que penses-tu du monde du football ?

Je ne pense pas qu’il y ait plus de côtés négatifs que positifs. Il a ses avantages et ses inconvénients, comme tous les milieux où il y a de l’argent. C’est pareil dans le milieu des affaires, de la télévision et même dans d’autres sports. Après, dès que l’on dit ce que l’on pense et que l’on va dans une autre direction que celle que l’on voudrait nous faire prendre, ça devient compliqué. Quand on voit le coach Moldovan qui dit ce qu’il pense et qui est limogé quatre jours après, ça prouve bien, même si je ne veux pas faire de généralités, que c’est difficile de donner sa propre opinion. Moi même, j’ai vu des choses un peu aberrantes, c’est dommage qu’il se fasse virer seulement parce qu’il a eu les couilles (sic) de dire ce qu’il pense.

Justement, il y a quelques jours, Geoffrey Jourdren (MHSC) a été au cœur d’une petite polémique après ses propos vis à vis de Corentin Tolisso, à la mi-temps du match face à l’OL. Tu as plutôt tendance à aimer cette liberté de ton ?

Ce n’est pas que j’aime ou que je n’aime pas. Quand Moldovan a tenu ses propos, il savait que ça aurait des conséquences. Après, c’est à lui de savoir s’il les dit ou pas. Quant à Jourdren, je ne suis pas un adepte de ce genre de choses. Se montrer en spectacle comme ça, ce n’est pas mon truc. Il faut parfois savoir utiliser certains vices pour gagner, après, c’est à l’arbitre de prendre ses décisions selon son interprétation. Réagir comme l’a fait Jourdren, je ne suis pas sûr que ce soit très valorisant pour la profession.

Ces derniers jours, on parle beaucoup de Pascal Dupraz que tu as eu sous tes ordres à l’ETG. Que penses-tu de cet entraîneur ?

J’ai fait trois montées avec lui en quatre ans. Quand je le vois à la télévision, je n’ai pas l’impression de voir quelqu’un d’autre. Il est tel qu’il était quand je le connaissais à l’ETG. C’est un personnage atypique que je respecte beaucoup. J’ai énormément d’estime pour lui et pour son travail. On connait ses qualités, c’est dans les moments difficiles que l’on voit les bonhommes. Dupraz, c’est un vrai meneur d’hommes, quelqu’un qui porte ses couilles (sic) quand il faut les porter.

Justement, lors de récentes interviews, il semblait regretter qu’on ne le réduise qu’à cela. Son côté tacticien avait-il la même résonnance lorsque tu le connaissais ?

Non, il était moins présent. Après, quand on jouait en CFA, c’était beaucoup plus compliqué de mettre en place une tactique. On préparait des choses la semaine et le week-end, il n’y avait plus aucune organisation chez les deux équipes, ça partait dans tous les sens. Mais quand je regarde Toulouse, on s’aperçoit qu’il y a une vraie discipline tactique. C’est une équipe très bien organisée, on voit qu’il y a beaucoup de travail dans ce domaine.

Comme peut l’être un Nicolas Benezet, qui est l’un des tes amis dans le football, tu te démarques des autres footballeurs sur les réseaux sociaux. A un moment donné, t’es-tu senti différent ?

Non, pas spécialement, mais je n’avais pas envie de faire comme tout le monde en mettant sur Twitter : « Je sors de l’entraînement, maintenant repos ». Au départ, je suis venu sur Twitter par curiosité et au fur et à mesure, j’ai compris les codes du réseau. J’essaye de me marrer tout en essayant de ne pas me griller et de ne pas passer pour un con. Déjà que je partais de très bas avec l’étiquette du footballeur (rires).

As-tu déjà eu des problèmes avec tes clubs par rapport à tes activités sur les réseaux sociaux ?

Au Nîmes Olympique, oui. On me l’a fait savoir car je parlais beaucoup de politique et qu’il y avait un petit soucis avec la ville. Les dirigeants me l’ont fait remarquer très gentiment, sans me mettre de menottes aux poignets. Ils m’ont juste dit de faire attention car c’était dans la presse le lendemain. Mais je pense que les clubs peuvent tirer un bénéfice de ça, il y a quelque chose à faire avec ce genre de communication. C’est dans l’intérêt du club, de moi-même et du football car ça montre également le côté ouvert et abordable des joueurs. J’ai quand même une vie sociale à côté, je ne vais pas me priver de dire que je vais aller boire une bière.

Quelle est ta position par rapport au corporatisme qui voudrait que tu ne « tweetes » pas sur tes collègues de profession ?

Franchement, je n’en sais rien. Je ne calcule pas tout ça, j’essaye de tweeter le moins possible sur le football. Si ce sont des potes à moi comme Nico (Benezet), je vais déconner avec eux. Après, j’ai mis il n’y a pas longtemps un message sur Cavani par rapport au fait qu’il louchait un soir où il avait raté beaucoup d’occasions. Pour moi, c’est juste pour rentrer dans le jeu du réseau car ce joueur, je l’adore. Il a un esprit exceptionnel et un mental de fou, si j’étais coach, je le prendrais tout de suite dans mon équipe. Parfois, on met des choses à contre-cœur mais c’est juste pour rigoler. Mais c’est vrai que ça arrive que je sois un peu plus agressif et explicite avec certaines personnes. Surtout avec les politiques, j’aime bien ça car il y a pas mal de matière (rires).

Parlons un peu de cette expérience aux « Grosses têtes » de RTL. Malgré ton statut de footballeur, as-tu été pris au sérieux lorsque tu as intégré l’équipe il y a quelques semaines ?

Je savais très bien qu’ils allaient utiliser pas mal de clichés mais ça ne me dérange pas du tout, je suis le premier à le faire. Mais c’est le jeu, si je pique, on me pique en retour, c’est normal. C’est donnant – donnant mais ça reste dans un très bon esprit. Si tu ne veux pas qu’on te taille, ça ne sert à rien d’y aller. Surtout que j’aime bien raconter des conneries et aller un peu loin. Par exemple, on m’a demandé comment ça se passait avec les filles, j’ai répondu qu’on avait des putes (sic) dans le vestiaire. Je suis sûr que certaines personnes y croient. Je ne m’en suis pas trop mal tiré en tout cas, je vais bientôt y retourner. Je me suis régalé, on m’a très bien accueilli, on m’a mis à l’aise dès le début.

Par rapport à ta reconversion, c’est un milieu vers lequel tu pourrais te tourner ?

Oui, j’ai adoré, c’est quelque chose qui m’a énormément plu donc pourquoi pas. C’est arrivé comme ça et c’est vrai que j’ai bien envie d’aller dans cette direction. Après, est-ce que j’aurai les opportunités ? Je ne sais pas, on verra bien.

Comment expliques-tu le fait que tu te sentes aussi bien à la radio ?

Je n’en sais rien, je me sens à l’aise, tout simplement. Et puis on me dit que je le suis, c’est peut-être pour ça que j’y crois (rires). Comme je disais tout à l’heure, si on aime ce que l’on fait et qu’on le fait avec plaisir, c’est une grande chance. Donc si j’ai la chance de pouvoir faire de la radio ou de la télévision, ce sera le top car j’aime vraiment ça. Si en plus je suis payé et que je peux nourrir ma famille grâce à ça, je ne vais pas m’en priver.

Après plusieurs années de carrière professionnel, que t’as apporté le football ?

J’ai pu rencontrer des grandes personnes, de grands hommes. René Marsiglia, qui nous a quittés dimanche soir, en faisait partie. En à peine six mois, il m’a appris énormément sportivement et humainement. Ce sont ce genre de rencontres qui sont merveilleuses. Pascal Dupraz a également beaucoup compté pour moi, c’est lui qui m’a fait signer mon premier contrat professionnel à 27 ans, ce qui est assez atypique. C’est un environnement qui est plaisant quand on sait se protéger.

Qu’entends-tu par là ?

Il y a certaines personnes qui dès que tu fais un pas de travers, vont le transformer en croche-pied pour te faire tomber. Il faut être vigilant et ne pas trop se livrer. J’ai joué avec beaucoup de joueurs et des vrais amis, j’en ai moins de dix. Mais je pense que c’est pareil dans tous les milieux, même si vrai qu’en tant que footballeur, nous sommes une proie assez facile à attaquer. C’est aussi pour cela que j’aime Twitter, car quand tu es attaqué, tu peux te défendre.

Si ton fils devait signer son premier contrat professionnel, que lui dirais-tu ?

Je lui dirais de foncer, c’est lui qui va construire sa carrière et qui apprendra de ses erreurs. Avec du recul, je me dis que j’ai perdu huit ans car j’aurais pu signer professionnel à 19 ans. On ne te fait pas de cadeaux dans la vie, mais les erreurs permettent également de mûrir et de voir les choses autrement.

Bon, revenons aux choses sérieuses et à la compétition. Qui marquera le plus de buts cette saison entre Nicolas Benezet et toi ?

Je ne sais pas, il revient quand Nico ? S’il ne revient pas encore, ça veut dire que j’ai peut-être des chances de gagner. Après, je ne joue pas trop cette année. Déjà que je ne suis pas un grand buteur, ça va quand même être compliqué…

Propos recueillis par Bérenger Tournier

Crédit Photo : USO Foot

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