Jérôme Alonzo : « Ronaldinho ? Comme tous les autres, il se chiait dessus »

Son authenticité est parfois déroutante. Dans le monde très fermé des anciens footballeurs, Jérôme Alonzo démarque, se démarque. Avec la sensibilité et l’humanité qui ont fait de lui l’un des chouchous du Parc des Princes et de Geoffroy-Guichard, l’ancien portier n’a cessé de porter en lui une cicatrice indélébile. Une cicatrice issue de sa fin de carrière, des dernières pages du livre qu’il s’est efforcé d’écrire avec bonheur pendant près de vingt ans. Entretien avec un footeux qui n’est décidément pas comme les autres…

 

Jérôme, un club t’a profondément marqué avant le PSG, c’est évidemment l’ASSE. Quel était ton ressenti sur la rivalité avec l’OL ?
A l’époque, on voulait taper l’OL comme on veut battre le PSG aujourd’hui. Dès que je suis arrivé, j’ai été bercé par la rivalité avec les Lyonnais. Je me suis fait chambrer et siffler par tous les publics de France, mais c’est vrai que j’ai toujours eu un rapport compliqué avec le public de l’OL. Mais jamais avec les joueurs. Avec du recul, j’étais même admiratif de ce groupe.

Pour ton premier derby, les supporters lyonnais ont brandi une banderole devenue tristement célèbre : « Pendant que nos pères inventaient le cinéma, vos pères crevaient dans les mines ». C’est une image qui t’a marquée ?
Bien-sûr. Là, on n’est plus dans le football. Quand tu touches aux parents, au sang, ça dépasse le cadre de la rivalité. Dans tous les stades où je suis allé, il y avait des banderoles toujours très drôles, même quand c’était directement dirigé contre nous. Je me souviendrais toute ma vie de l’une d’entre elle, je voulais même rencontrer le mec qui a trouvé l’idée. Je ne sais plus en quelle année mais c’est à une période où ça allait très mal au PSG et les mecs avaient sorti une banderole : « En Argentine, Lanus va être champion, en France, nos trous du cul sont 18èmes ». J’ai trouvé que c’était absolument génial.

A l’image de la relation que tu as entretenu avec tes propres supporters, tu as toujours été quelqu’un d’entier et d’authentique. C’est un trait de caractère qui a pu te desservir dans ta carrière ?
Le football a rythmé ma vie, peut-être même trop. Quand je voyais certains joueurs, j’enviais la hauteur qu’ils pouvaient avoir après une défaite. J’ai pleuré après certains matchs, il n’y a aucune honte à le dire. J’en ai même vécu sans pleurer, mais où j’ai mis des semaines à m’en remettre. Par exemple, quand on perd la finale de Coupe de France en 2003 face à Auxerre, j’ai annulé mes vacances et je suis resté chez moi. Je ne voulais voir personne. J’ai rêvé toute ma vie de brandir la Coupe de France. Quand tu as aimé le football comme je l’ai aimé et que tu passes à côté de ton rêve, tu ne peux pas te relever en deux jours.

Quand tu vois certains joueurs faire preuve de détachement, qu’est-ce-que cela t’inspire ?
J’aurais aimé pouvoir le faire, ce sont eux qui ont raison. Je me suis gâché certains plaisirs de la vie, j’ai fait de la peine à mes proches car j’étais invivable en rentrant à la maison. Quand j’étais joueur, j’étais beaucoup trop dur à vivre. Je tiens cela de mon père, qui était également très dur en tant qu’entraîneur. Mais cela m’a également permis de faire une carrière. Je sais que j’étais moins bon que certains, mais comme je refusais la défaite et que je me battais tous les jours, j’ai réussi quand d’autres ont échoué. Pourtant, j’avais certainement un niveau inférieur à d’autres mecs plus talentueux. Mais en me façonnant ce mental, j’ai réussi à faire ma petite carrière.

Tu as justement joué avec Ronaldinho, qui était un joueur fabuleux mais qui était connu pour son sens de la fête et parfois des excès. Cette insouciance, il l’avait avant les matchs ?
Contrairement à ce que tout le monde pense, Ronaldinho était très loin de tout ça. Je me souviens qu’avant les gros matchs, il était tout seul, il ne bougeait pas et ne disait pas un mot. Comme tous les autres, il se chiait dessus. Il faut arrêter de croire que le mec dansait la samba cinq minutes avant les matchs. Ronny, c’était un compétiteur, un mec impliqué. Il ne faut pas dire n’importe quoi. Même s’il était sur une autre planète et que c’était un vrai génie, il était comme nous tous, concentré et stressé avant de jouer. Dans ses yeux, il y avait de la peur. Par contre, et c’est aussi le génie des grands joueurs, une fois que le match était fini, il était transformé. C’était un artiste, tout simplement.

Revenons un peu à ta relation avec les supporters. Si tu est rentré dans le cœur des Parisiens et des Stéphanois, tu as eu beaucoup de mal au FC Nantes. Ce même club qui a vécu un dernier match très chaud puisque des spectateurs ont tenté d’envahir la tribune présidentielle…
Quand tu as eu des relations magnifiques pendant seize ans avec tes supporters et que ça se passe mal pour tes deux dernières années, soit tu as eu à faire à 150 connards, soit tu n’as pas de cul. Ces mecs qui m’ont insulté pendant deux ans sans aucune raison ont toujours été les mêmes. Et ce sont les mêmes qui sont entrés dans la tribune pour mettre la pression à Kita.

Quelle image as-tu du Président Kita ?
Il faut respecter cet homme là, ce mec est venu mettre ses propres sous dans le club. S’il n’était pas venu, Nantes serait en CFA2 parce que personne ne met des ronds. Si les 150 imbéciles ne veulent pas respecter Kita, et bien qu’ils aillent encourager Rennes, Angers ou même Carquefou. Mais tu ne fais pas chier Kita. Je le soutiens à 100% et dieu sait que l’on a eu des prises de bec tous les deux.

Avant même la saison, son choix de nommer René Girard avait été fortement remis en question…
On peut critiquer René Girard mais il a un petit palmarès quand même, ce n’est pas une truffe. Avant même qu’il arrive, les mecs manifestent pour s’en plaindre. Mais on a vu ça où ? Maintenant, il va falloir faire un référendum pour savoir quel entraîneur ils veulent… Sur les 40 000 supporters, il y a 99% de personnes fantastiques. J’ai d’ailleurs encore de nombreuses marques de soutien de leur part. J’en rencontre parfois dans la rue qui m’envoient énormément d’amour. Par contre, il y a des mecs dangereux et bêtes à manger du foin. Ce sont les mêmes qui foutent la merde depuis toujours.

Tu as souffert de cette période ?
C’est à cause de ça que je n’ai jamais pu faire mon deuil et que j’ai mis des mois à m’en remettre. Avant même d’arriver, je savais que j’étais mort. Tout le monde était au courant que je m’étais pris la tête avec Landreau à Paris. Dès mon arrivée, c’était fini. Et pourtant, je peux garantir que j’ai fait des bons matchs à Nantes. Et encore, c’est con que je me sois fait quelques claquages. Mais ces claquages justement, ils n’arrivent pas pour rien. Quand tu te claques, c’est qu’il y a une merde. J’ai été aimé partout où j’ai été pendant seize ans et alors que je n’ai rien fait, je me fais cracher à la gueule dès que j’arrive à Nantes. Mon premier match, c’était un PSG / Nantes. Quand j’arrive au Parc des Princes, je vais saluer Boulogne, Auteuil puis le kop nantais. A partir de là, c’était mort. J’ai fait ça naturellement et si c’était à refaire, je le referai. Le dernier match de ma carrière, c’était à Clermont-Ferrand. Il y avait 80 mecs de Nantes qui ont chanté pendant toute la deuxième période « Alonzo enculé ». Des mecs de mon équipe, de mon club. J’ai fini ma putain de carrière comme ça. J’en chiale parfois. Un joueur comme moi, fidèle comme j’ai été, je me suis fait insulter par mes supporters pour mon dernier match. C’est comme ça que je méritais de finir ? C’est pour ça que quand je cite mes clubs, j’ai un peu plus de mal avec Nantes. J’en suis désolé pour les 99% de supporters nantais qui sont fantastiques. Mais c’est une blessure qui ne se refermera jamais. Jamais…

Propos recueillis par Bérenger Tournier

Crédit Photo : sport.gentside.com

 

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