Il est où le beau jeu, il est où ?

Mais où est donc passé le spectacle ? Depuis quelques semaines et la victoire du football défensif à l’Euro 2016, et même si le beau jeu n’était pas la qualité première du football français, les grands matchs peuvent se compter sur les doigts d’une main en Ligue 1. Simple hasard de début d’année ou réelle volonté de renforcer (encore) la solidité défensive ?

 

Jeudi soir, 22h45. Christophe Galtier peut exulter, l’AS Saint-Etienne vient de se qualifier pour les seizièmes de finale de la Ligue Europa après un match (0-0) que l’on qualifiera, pour rester poli, de très moyen. Comme c’est souvent le cas, et malgré une belle solidité défensive, les Stéphanois n’ont quasiment rien proposé. Pas de rythme, peu d’occasions et pas d’allant offensif, voilà ce à quoi sont habitués les supporters de l’ASSE depuis maintenant plusieurs mois, comme si la seule victoire possible était d’éviter la défaite. Au-delà de la qualité intrinsèque d’une équipe et d’un groupe de joueurs, c’est une philosophie globale de jeu qui est à analyser, à modifier.

Malheureusement pour le football français, la Ligue 1 n’est qu’un parfait reflet de ce manque d’ambition. Chaque week-end, le constat est édifiant. Les stades se vident, les matchs sont de moins en moins regardés à la télévision et le spectacle laisse toujours autant à désirer. Cela a toujours été le cas me direz-vous. Peut-être, mais la situation ne cesse d’empirer et les bons matchs sont de plus en plus rares. Il n’est pourtant pas nécessaire d’avoir de très grands joueurs pour faire du jeu et donner du plaisir aux spectateurs. L’importance des enjeux sportifs et financiers y est pour forcément beaucoup, la dictature du résultat a clairement pris le dessus. Parfois à raison, avec le sacre du Portugal, parfois à tort, avec la détresse française au terme d’un Euro réussi sur le plan comptable mais raté dans le seul domaine du jeu. Ce sont deux philosophies qui s’opposent, qui s’affrontent, deux courants de pensées dans le football. Certains préféreront voir leur équipe gagner coûte que coûte, d’autres privilégieront la qualité du spectacle, parfois au détriment du résultat.

Comme peut l’être le théâtre, le football est un jeu où les acteurs doivent donner du bonheur et des émotions aux spectateurs. Les émotions, voilà quelque chose que l’on n’oublie bien trop souvent. Ce sont elles qui conditionnent les souvenirs, les sensations. Y-a-t-il un supporter de l’OM en France qui oubliera le passage de Marcelo Bielsa ? Non, car le technicien argentin a su amener son groupe au sommet, à l’apogée de ce qu’il pouvait faire et procurer à son public. Mais cette volonté, cette hargne, cette envie de gagner et de marquer des buts, les joueurs ne peuvent pas l’avoir seuls. C’est à leur guide, leur entraîneur, de les emmener vers ce chemin. Ce n’est donc pas le budget ou encore les noms des joueurs qui comptent, mais la volonté d’aller de l’avant et de renverser les montagnes. Le football est bien trop beau pour qu’on ne le bafoue et qu’il ne soit réduit à une seule quête comptable. Avant que les stades ne continuent à se vider et que la désaffection du football ne soit trop intense, le football français doit se remettre en question. Si les arrivées de Lucien Favre et d’Unaï Emery ont été autant de signes positifs, la traditionnelle campagne du corporatisme français n’a pas épargné le technicien espagnol. Comme Marcelo Bielsa et Léonardo Jardim ont pu le vivre, il n’est pas facile de bousculer les lignes et de bouleverser la « consanguinité » qui pollue le football français depuis des années. Heureusement, le travail permet souvent à la vérité d’éclater. Lucien Favre, Léonardo Jardim et Unaï Emery, trois entraîneurs étrangers, sont actuellement en tête de la Ligue 1. Le hasard peut-être ? Ou pas…

Bérenger Tournier

Crédit Photo : L’Express

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