Nicolas USAÏ : « L’aventure humaine était merveilleuse… »

Il est passé tout près d’emmener un club au paradis, dans une galaxie qui semblait pourtant si lointaine il y a quelques années. S’il n’a manqué qu’un petit point au GS Consolat pour grimper en Ligue 2, le club des quartiers nord de Marseille n’oubliera jamais Nicolas Usaï, un entraîneur rentré dans l’histoire du GSC et plus globalement dans celle du football marseillais. Aujourd’hui sur le banc du CS Sedan Ardennes, le Marseillais de sang et de cœur a accepté de revenir sur ce formidable et cruel parcours de la saison dernière, mais également sur sa vision du football et du métier d’entraîneur. Entretien avec un technicien passionné, un vrai puriste…

 

Nicolas Usaï, comment allez-vous depuis votre arrivée au CS Sedan Ardennes ?

Au niveau des résultats, c’est difficile. On est dans une période délicate, il faut renouer avec la victoire. L’effectif est pas mal décimé par les blessures, je n’ai que la moitié des joueurs en ce moment. Mais des efforts ont été faits par les dirigeants avec les signatures de garçons importants. On est dans une phase de reconstruction mais il y a de la qualité et un état d’esprit irréprochable. Ce sera dur mais on va beaucoup travailler, notamment pendant la trêve, d’autant que nous sommes éliminés de la Coupe de France.

Avec du recul, que retenez-vous de cette folle aventure de la saison dernière avec le GS Consolat ?

Énormément de joie, de satisfaction, mais également une énorme déception. Sur un plan personnel et collectif, c’est vraiment dommage de ne pas être monté alors que l’on était sur le podium une grande partie de la saison. D’autant que l’on était relégables en début de championnat, on avait tout pour y arriver. C’est regrettable pour certains joueurs qui avaient l’opportunité de signer un contrat professionnel et qui n’auront plus cette chance. Et puis au-delà des cas personnels, l’aventure humaine que l’on a vécue pendant ces quelques mois était merveilleuse. Consolat est un club qui grandit dans des conditions très difficiles, c’est magnifique de faire des parcours comme ça.

A la fin du dernier match de la saison et alors que la montée s’éloignait définitivement, qu’avez-vous ressenti ?

Que mon aventure avec ce club pour qui j’ai beaucoup d’affection était terminée. Je suis arrivé en tant que directeur sportif, je suis ami avec le président et les dirigeants. Psychologiquement,  je ne cache pas que cela a été très dur à avaler. Après une telle aventure, c’est très difficile de se projeter sur une nouvelle saison. Je l’ai fait par fidélité et par correction vis à vis du président, même si j’ai eu quelques opportunités. Par contre, très rapidement, en juillet, je lui ai dit que je ne terminerai pas la saison mais que je ferai en sorte que le club ne soit pas relégable à mon départ. C’est ce qu’il s’est passé après la victoire contre Béziers.

La médiatisation et l’engouement autour du club vous ont-ils perturbés ?

Oui, je pense, c’était difficile à assumer pour les joueurs et les dirigeants. Le GSC est un modeste club, il y a très peu de salariés et quand les médias sont arrivés, on a eu des difficultés. Cela a pris une ampleur énorme, d’autant que c’était un club de quartier qui réalisait ce parcours. D’ailleurs, la chaîne qui nous a le plus suivis, c’est la LCP (La Chaîne Parlementaire). Il y avait une dimension sociale très importante. Finalement, comme on n’est pas monté, plus personne n’est venu nous voir, tu t’aperçois qu’en fait, tu n’es pas grand chose.

Avez-vous eu la sensation qu’à un moment donné, le GS Consolat pouvait déranger le monde professionnel ?

Pas du tout. Je suis passé par ce monde au FC Istres, je ne me verrais pas parler négativement de ce milieu. Les seules personnes à qui on peut en vouloir, c’est nous-mêmes. Quand on mène à Orléans et que l’on prend deux buts en trois minutes, il ne faut pas chercher de boucs émissaires.

En tant que Marseillais de naissance et de cœur, quel est votre avis sur Marcelo Bielsa ?

Je suis un grand fan, j’aime beaucoup l’entraîneur et le personnage. J’ai la chance d’être ami avec Miguel D’Agostino, qui est l’un des adjoints de Mauricio Pocchettino. Ce sont des disciples absolus de Marcelo Bielsa et quand on a passé notre DEF ensemble, et alors que Bielsa n’était pas encore aussi connu que maintenant en France, il me parlait de lui sans arrêt. C’est un véritable puriste, il n’est pas dans la recherche absolue du résultat, c’est quelqu’un d’atypique. Quand on voit que Guardiola, Sampaoli ou encore Simeone sont des adorateurs de Bielsa, on ne peut être qu’admiratif face à un tel entraîneur.

Il a pourtant été très critiqué par le football français…

Il a peut-être été critiqué, c’est vrai, mais ces critiques sont compensées par tout l’amour que lui a donné le peuple marseillais.

Que pensez-vous du football déployé par Marseille quand Bielsa était sur le banc ?

Son jeu demande une exigence physique et athlétique énorme mais également une très grande réflexion, et cela, on n’en parle pas assez. Pour un joueur, c’est un jeu sûrement assez complexe car le niveau d’exigence est énorme. Pendant un an, les joueurs ont passé leurs journées ensemble, à la Commanderie. Ils travaillaient constamment et ce n’est pas pour rien si Bielsa en a fait progresser énormément. Que ce soit les Gignac, Mendy, Payet, Morel et d’autres, leur progression a été énorme. C’est important de gagner des titres mais quand les joueurs, de leur propre aveu, disent qu’ils ont passé un palier avec Bielsa, on est obligé de reconnaître son immense talent.

A titre personnel, pensez-vous que le résultat est plus important que le beau jeu ?

Je ne vois pas le problème comme cela puisque je suis convaincu que le résultat arrive quand le contenu est bon  et que l’on crée du jeu. Après, je ne vais pas me prendre pour Marcelo Bielsa et comme je suis un compétiteur, j’ai besoin de gagner. Surtout dans la situation actuelle où l’on a absolument besoin de points. Si on me dit que l’on gagne le prochain match en étant pitoyables, je signe tout de suite !

Avez-vous des modèles en tant qu’entraîneur ?

Bien-sûr, il y a des entraîneurs que j’aime beaucoup par rapport au charisme qu’ils dégagent. Après, c’est difficile de rentrer dans le détail de leur travail puisque l’on n’est pas à l’intérieur du groupe et que l’on ne connaît pas les consignes et le travail tactique. Mais c’est vrai que j’aime beaucoup Guardiola, Bielsa ou encore Ancelotti. On peut également s’inspirer des entraîneurs que l’on a eu. Je garde un excellent souvenir de René Le Lamer, qui avait une méthode à l’ancienne, avec des causeries très fortes. Son travail était très méticuleux, c’est le coach qui m’a le plus apporté.

Considérez-vous qu’il soit important de voir ce qu’il se fait à l’étranger dans la progression et l’évolution d’un entraîneur ?

Oui, je suis par exemple allé à Londres il y a deux ans grâce à mon amitié avec D’Agostino. Ce n’était pas assez poussé puisque je ne suis pas resté longtemps mais c’était une très belle expérience. Personnellement, j’aime beaucoup l’Argentine, sa culture, son football, sa mélancolie. Quel que soit le niveau de l’entraîneur, on peut toujours apprendre ou progresser. Que l’on entraîne en U13, U17 ou en seniors au plus haut-niveau, il faut regarder ce qu’il se fait ailleurs. Il faut constamment être attentif, en éveil.

Si vous aviez un rêve dans le football, ce serait lequel ?

Je rêve juste de me maintenir avec Sedan, c’est tout et c’est déjà très bien pour l’instant ! Je suis sous le charme des conditions de travail dans ce club, même s’il fait beaucoup plus froid qu’à Marseille (rires) ! Mes seules pensées sont au CSSA et au maintien du club en National. Après, en tant que Marseillais, mon rêve est forcément de fouler un jour la pelouse du Vélodrome.

Vous signez donc pour un OM / Sedan ou un Sedan / OM en Coupe de France ?

Sedan / OM, je veux voir le Stade Dugauguez plein. Mais bon, j’espère que je le verrai rempli avant un hypothétique match face à l’OM !

On imagine qu’en tant que supporter marseillais, vous devez être très heureux de l’arrivée de McCourt à l’OM…

Que ce soit McCourt ou un autre, je ne souhaite que de la réussite à l’OM. C’est très important que le club brille, pour la ville et pour le football français.

Propos recueillis par Bérenger Tournier

Crédit Photo : FC Marseille

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