Christophe Rouve : « Les mentalités ont changé »

A 45 ans, Christophe Rouve est une véritable légende dans le football héraultais. En près de trente ans de vie sportive, ce fidèle du FC Sète 34 a vu les mentalités changer et le monde amateur prendre une évolution inquiétante. Aujourd’hui entraîneur adjoint en CFA et joker de luxe avec la réserve en DH, celui qui a démarré sa carrière en 1987 a accepté de revenir sur l’évolution du football amateur. S’il est conscient des dérives actuelles, l’ancien capitaine sétois et son club ont décidé d’agir…

 

Chaque club a sa légende, le FC Sète 34 a Christophe Rouve. A 45 ans, et alors que tous ses anciens coéquipiers ont définitivement rangé les crampons, l’homme aux plusieurs centaines de matchs avec le maillot sétois continue de rendre service, de « dépanner » comme il le dit si bien. S’il n’a plus ses jambes de vingt ans, ce pur produit du FC Sète 34 a gardé tout son sens du football, son aura auprès des plus jeunes. Il faut dire qu’en près de trente ans de carrière, Christophe Rouve a tout vu et tout vécu dans le monde du ballon rond. Un brillant et long parcours qui se pose en témoin des années passées et des changements qui ont émaillé le football amateur.  « Je ne pense pas que le niveau régresse, il y a de plus en plus de bons joueurs. Le monde professionnel est tellement fermé que beaucoup de garçons se retrouvent à ce niveau », explique celui qui a affronté le grand Zidane en 32ème de finale de Coupe de France. « Le problème, c’est que les gens vont là où il y a de l’argent. Certains disent qu’ils jouent pour le club mais si tu leur enlèves cinquante euros, tu verras qu’ils oublieront vite ce qu’ils ont dit. Les mentalités ont changé. »

Le constat est donc clair, si le niveau reste tout à fait satisfaisant, les excès financiers n’ont pas épargné le monde amateur, bien au contraire. « Dans toutes les équipes, il y avait quatre, cinq, six ou plus encore, de mecs qui ont démarré au club à dix ans. C’est de plus en plus rare. Si on propose toujours plus d’argent aux joueurs, ils iront forcément au plus offrant. » Depuis quelques années, l’argent est effectivement devenu un sujet tabou. Quand les joueurs de DH jouaient uniquement pour le plaisir il y a encore quelques saisons, certains peuvent gagner aujourd’hui plusieurs centaines d’euros. Une situation que regrette amèrement Christophe Rouve. « Il ne faut pas que les clubs pètent plus haut que leur cul (sic). A Sète, pour le moment, on sait que la CFA est le plus haut niveau que l’on peut atteindre. Les dirigeants de clubs doivent être lucides, il ne faut pas monter et faire n’importe quoi si c’est pour exploser derrière. » Chaque année, certains d’entre eux tombent brutalement dans la crise, laissant des catégories de jeunes et toute une formation à reconstruire. Un vrai drame pour des clubs au passé pourtant glorieux. D’autant que sans réelle marche de manœuvre, les instances ne peuvent que tenter de réguler ces excès financiers.

Si ces débordements sont clairement ancrés dans le monde amateur, les problèmes comportementaux sont également de plus en plus présents. Mais plutôt que de se résigner, Christophe Rouve et ses collègues du staff sétois ont décidé de prendre le problème à bras le corps et d’agir. « Avant, on était à l’écoute, on avait le respect des anciens. Quand on nous disait qu’il fallait ranger les ballons, on ne réfléchissait pas et on le faisait. On avait beaucoup plus de respect. Maintenant, c’est plus compliqué mais il faut mettre des règles en place. A Sète, on les a instaurées, il faut que tout le monde les respecte. C’est notre façon de faire et si un jour, ça ne convient plus au président, on partira. » Cette rigueur, la nouvelle direction du FC Sète 34 en a fait une marque de fabrique. Depuis la reprise du club, la lucidité et le respect des valeurs sont des valeurs indéboulonnables. « Les joueurs se sont adaptés aux dirigeants. A Sète, alors que l’on était en DH et que l’on avait un projet de faire remonter le club en CFA2 et en CFA en quelques années, certains joueurs de DHR ne sont pas venus car ils voulaient plus, mais nous n’avons pas cédé. » Une attitude qui prouve bien que les clubs, s’ils font preuve de sérieux et de responsabilité, peuvent s’opposer ou tout du moins contrôler ces dérives.

S’il « espère que le football restera au moins comme il est aujourd’hui », Capitaine Rouve a conservé cet amour et cette flamme qui l’anime depuis près de trente ans. « Je suis toujours aussi passionné, j’ai même joué un peu avec la réserve cette saison. Je fais également des petits jeux aux entraînements avec la première. Quand il faut dépanner, je suis là. Et puis je vais me pencher sur les diplômes. Le coaching me plaît », conclue la légende sétoise. Un joueur fidèle à ses couleurs et profondément amoureux de sa ville natale. Un joueur comme on en voit malheureusement trop peu souvent…

Bérenger Tournier

Crédit Photo : Europe 1

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Une réflexion sur “Christophe Rouve : « Les mentalités ont changé »

  1. Un bien vrai constat !
    Bravo Monsieur ROUVE, pour votre fidélité et votre Amour du Maillot Sétois.
    Reconstruire et construire avec comme seule rémunération : la Fierté de la Victoire pour son Club de coeur, pour l’Avenir de nos Jeunes « frères et soeurs » et pour le Respect des Anciens.

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